Sciences-Po à Reims : de « très chers » étudiants

Publié le samedi 20 juin 2009

«JE ne comprends pas qu'on s'obstine à utiliser l'argent des Marnais et notamment des plus pauvres afin de financer les études d'Américains à Sciences-Po » dixit Éric Kariger (conseiller général du canton de Bourgogne). Hier lors de la session du conseil général, il y avait de l'ambiance quand la création d'un campus Sciences-Po à Reims pour 2010-2011 a été étudiée par les élus. En clair, les étudiants de la prestigieuse formation devraient se retrouver, pour ceux qui phosphoreront à Reims, dans le collège des Jésuites de la place Museux. Si le financement de l'aménagement (soit 76 millions d'euros TTC) réparti en un tiers Ville de Reims, un tiers Département et un tiers Région n'a guère ému les édiles, le ton est vite monté quand il s'est agi de parler fonctionnement. Très exactement des frais de scolarité. Une quote-part sera effectivement demandée aux trois collectivités (3 000 euros par élève et par an, soit 1 000 euros par tête pour la Marne, Reims et Champagne-Ardenne) et ce sur un engagement… de 20 ans !

Et l'université ?

Si dans l'assemblée, nul n'a contesté l'utilité d'une telle installation, Dominique Lévêque (Aÿ) a soulevé un lièvre : « Ferons-nous les mêmes efforts pour l'université rémoise dont les locaux sont vétustes ? ». L'élu estime la participation départementale exorbitante quant au projet de Sciences-Po.

Avec un ton bien à lui, le président Savary a tenté de calmer le jeu et ses « chers collègues ». Oui mais… « C'est vrai que ça coûte cher, oui mais… ». Oui mais, il faut rendre le territoire attractif, le rajeunir vu la démographie. Avocat du projet, un « Hazan boy », Jean-Claude Laval en personne, voit là une : « chance à saisir qui ne se représentera pas deux fois ». Ce dossier porteur selon les Rémois jouant la positive attitude, devrait connaître une montée en puissance puisque 80 étudiants sont attendus en 1re année en 2010-2011, et pas moins de… 1 800 (sur les trois années) pour 2014-2015.

Émoi, et moi…

Ces effectifs et les sommes à verser en conséquence ont comme donné la suée à Alphonse Schwein : « En dix ans, les coûts de fonctionnement représentent la création de deux collèges. Et moi, je veux que le mien, à Pontfaverger, soit reconstruit ! »

Cette dépense d'argent public choquante pour les Marnais, selon Charles de Courson, doit s'accompagner d'une clause : « Il faut inciter à développer un recrutement marnais ». Encore faut-il que les jeunes du 51 aient envie d'user leurs fonds de culottes dans cet IEP de Paris à la sauce rémoise. Certains s'inquiètent que Reims Management School demande au Département de participer à ses frais de fonctionnement, vu le robinet ouvert aujourd'hui.

Le calme revenu, Jean-Pierre Bouquet s'est félicité des répercussions à attendre en terme de notoriété, de l'effet « réseau » de ces étudiants qui deviendront décideurs. La Marne est déterminée à accueillir Sciences-Po en cassant sa tirelire. Pardon, celle des contribuables.

David ZANGA

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