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Les illusions perdues des Thomé-Génot

Publié le jeudi 04 octobre 2007 - Vu 24 fois


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Un an après la fermeture de l’entreprise,  les trois quarts des 280 salariés des Ateliers Thomé-Génot de Nouzonville (Ardennes) seraient toujours sans travail. France 2  leur consacre un long reportage,  ce soir, à 22 h 55.
PHOTO : Sur le pont de Nouzonville, les deux Patrick avec Yannick Langrenez (à droite) :  « Le CTP nous a permis de nous retourner. C’est mieux que rien. Mais il n’a pas fait de miracle ».
Angel GARCIA

Un an après la fermeture de l’entreprise, les trois quarts des 280 salariés des Ateliers Thomé-Génot de Nouzonville (Ardennes) seraient toujours sans travail. France 2 leur consacre un long reportage, ce soir, à 22 h 55. PHOTO : Sur le pont de Nouzonville, les deux Patrick avec Yannick Langrenez (à droite) : « Le CTP nous a permis de nous retourner. C’est mieux que rien. Mais il n’a pas fait de miracle ». Angel GARCIA

Angel Garcia - l'Union de Reims


SAÏD RAHEN est revenu à ses premières amours : cuisinier. Au centre de Nouzonville, l'ancien métallo a ouvert un « Tio Resto », plateaux repas à toute heure. 40.000 euros d'investissement, dont 22.000 de sa poche. Ses économies ! « Aucune banque locale n'a voulu m'aider. Même pour ouvrir un compte, j'ai galéré… ».
Le premier chèque du contrat de transition professionnelle (CTP) a couvert la différence dont l'achat d'une cuisinière d'occasion au château de Sedan. « Les affaires vont bien. Je viens de décrocher un contrat auprès du CE d'un gros supermarché ».
A 43 ans, Saïd fait partie de la dizaine de salariés des ex-Ateliers Thomé-Génot (ATG) à avoir créé leur entreprise : cordonnier, garagiste, nettoyeur de tags, jardinier… Vingt autres ont décroché un CDI dans ou loin des Ardennes, à Metz, Perpignan, Montpellier, Saint-Étienne… La plupart dans le bâtiment ou le transport routier. Cinquante enfin ont « rempilé » à Ardennes Forges, la société qui a succédé aux ATG, liquidés en octobre 2006 après une retentissante descente aux enfers.
Floués par la gestion calamiteuse de leurs anciens patrons américains, les salariés avaient arraché un CTP de 25.000 € financés par le Département des Ardennes (10.000), la Région (10.000) et l'État (5.000). Trois chèques versés à la signature, à mi-parcours et au terme du contrat, en décembre prochain. La quasi totalité des 280 salariés avait signé, même si une partie de la somme est soumise à la CGS et au RDS (1.600 €) !
Loin du compte
Par le biais de stages qualifiants, le dispositif — presque inédit en France — s'était donné un objectif ambitieux : zéro chômeur après un an. On est aujourd'hui loin du compte. « En gros, 30 % ont un CDI et 70 % sont sans emploi », assure Yannick Langrenez, ancien délégué CGT de Thomé-Génot.
« Le CTP nous a permis de nous retourner. Mais les formations n'ouvrent pas toujours sur une perspective d'insertion. Les gens sont livrés à eux-mêmes », regrette le syndicaliste qui reproche au Medef local « de ne pas avoir joué le jeu ». « On a formé beaucoup de chauffeurs routiers et aucun soudeur ».
Surtout, en maintenant le (bon) niveau de rémunération des ex-ATG, le CTP aurait « permis aux entreprises de sous-payer » leurs nouvelles recrues. « Nous percevons entre 1.400 et 2.500 € net par mois, mais le salaire de base est de 1.100 €. Quand le CTP sera terminé, il chutera de 500 à 700 €», jure un salarié d'Ardennes Forges.
Mohamed Lataoui fait le même constat, mais lui se réjouit de son sort. Depuis février, il est électricien à la ville. « Un coup de bol », dit-il, tout en qualifiant le CTP de « cache misère ». « Les bénéficiaires ne sont pas considérés comme des demandeurs d'emploi. Il a servi à faire baisser artificiellement les chiffres du chômage ».
Cirque ou plongée
Reste les anciens salariés sans solution, la plupart quinquagénaires. A 50 ans, Patrick Guiot a décroché un CAP de plaquiste après sept mois de formation. Mais les offres ne se bousculent pas. Et Patrick Hubert, 55 ans, a envoyé une quarantaine de courriers. En vain. « J'ai fait la connerie de ne pas accepter de stage. Mais quand j'ai vu ce que proposait la psychologue, ça m'a pas donné envie ». Son profil l'orientait vers les métiers du cirque ou la plongée sous-marine ! Il a préféré rester en surface…
Gilles Grandpierre

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« Silence dans la vallée »

« Je mets le doigt où ça fait mal : c'est mon travail. » Le journaliste Marcel Trillat est désormais retraité, après quarante ans de télé et de radio sur le service public. « Silence dans la vallée », le film qu'il consacre à Nouzonville et aux salariés d'ATG est diffusé ce soir à 22 h 55 après « Envoyé Spécial » dont il fut l'un des piliers. « Un horaire pas très chrétien », confesse cet homme de gauche qui assure qu'« on ne verrait pas ce genre de film sur TF1 ou M6. »
Le documentaire est le quatrième et dernier volet d'une série en forme d'état des lieux de la classe ouvrière à l'aube du nouveau siècle. Avec pour fil rouge l'affaire Thomé-Génot, sous-traitant automobile pillé par son repreneur américain, Trillat décortique la mort d'une certaine forme de capitalisme industriel et familial. « Avec un savoir faire qu'on transmettait de génération en génération et une certaine forme de relations humaines… »
La page est tournée, constate Trillat. Et douloureusement. Énième avatar de la mondialisation à travers le prisme de Nouzonville, une cité de 7.000 âmes qui ouvre la vallée de la Meuse. Et qui compte plus de 20 % de chômeurs. Patrons, élus locaux, ouvriers : tous témoignent. « Sans langue de bois. C'est cela qui a permis et qui a fait le film », estime le journaliste.
Le montage a été sévère : vingt heures de tournage pour moins d'une heure trente au final. « J'ai toujours été et journaliste, et réalisateur », explique Trillat. « Un film, c'est d'abord des images et du son. France 2 a insisté pour qu'il y ait une voix off (la mienne), mais je n'en voulais pas au début. C'est l'addition des témoignages qui a construit l'ensemble. » Avec un titre digne d'un western. Sauf qu'aucun shérif pour l'heure ne stoppe l'hémorragie.
Philippe Mellet


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Trois procédures en cours

Trois procédures sont actuellement en cours. La plus attendue est l'action aux prud'hommes intentée par les anciens salariés pour contester leur licenciement. Pendant l'été, un accord est intervenu avec les AGS (garantie des salaires) chargés de remplacer l'employeur défaillant. L'accord porte sur le versement à chacun des salariés d'une indemnité proportionnelle à leur ancienneté. La somme est tenue secrète. Le conseil des prud'hommes de Charleville rendra sa décision fin octobre.
Deuxième action, la plainte déposée pour abus de biens sociaux à la demande du parquet pour déterminer la responsabilité des anciens actionnaires américains des ATG (NDR : la société Catalina, installée en Californie) dans la faillite de l'entreprise. L'instruction confiée à un juge rémois spécialisé dans les affaires économiques et financières est toujours en cours.
Récupération
Troisième procédure, l'action intentée auprès du tribunal de commerce de Paris par l'ancien patron de Thomé-Génot, François Dury, pour tenter de récupérer quelque 250.000 €, correspondant à 12,5 % des actions autrefois détenues par sa famille (une cinquantaine de personnes). « Nous détenions 25 % mais vu les circonstances, nous avons accepté de ne récupérer que la moitié », explique François Dury. La juridiction parisienne dira prochainement si elle se déclare compétente ou pas.
Dans tous les cas, M. Dury n'a pas renoncé à poursuivre Catalina devant la justice pénale, annonce l'ancien PDG qui s'est vu, lui aussi, proposer d'entrer dans le contrat de transition professionnelle. « J'ai refusé par décence », dit-il. M. Dury est aujourd'hui PDG de l'Étoile, une entreprise de Vivier-au-Court (08) spécialisée dans la fabrication et le négoce d'articles de levage.
G. G.

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