Les escargots interdits de caviar

Les escargots interdits de caviar

Publié le mardi 23 septembre 2008 à 01H00 - Vu 438 fois

Alors que cela fait deux ans que Sylvie et Dominique Pierru ont commencé leur production d’œufs d’escargots, la direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudesvient de leur interdire l’utilisation du terme « caviar d’escargot ».

NE l'appelez plus jamais caviar d'escargot. La DGCCRF l'a laissé tomber. Dominique et Sylvie Pierru, producteurs d'œufs d'escargots à Soissons, sont amers depuis qu'ils ont reçu un courrier de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes leur indiquant qu'ils n'étaient pas autorisés à employer le terme « caviar » pour leur production.
« Avant le démarrage de notre activité nous avions demandé aux services de la DGCCRF une position sur l'utilisation du terme « caviar d'escargot ». Cette demande est restée lettre morte jusqu'au 12 juin dernier, soit bien après le début de notre activité », précise Dominique Pierru. Pourtant, poursuit l'entrepreneur soissonnais, « il n'y a pas de texte de loi qui interdit l'utilisation du terme « caviar », juste un arrêté de 1962 qui est assez vague ». D'autre part, avance encore Dominique Pierru, le mot « caviar » est communément utilisé pour d'autres produits : le célèbre caviar d'aubergine mais aussi caviar de saumon, de tomates, de hareng, de truffes, de betteraves…
Lobbying
Enfin, autre argument : les œufs d'escargots ne ressemblent pas au caviar d'esturgeon, que ce soit par le calibre, la couleur et, évidemment, la saveur. Pourquoi alors l'autorité administrative française interdit-elle l'utilisation du terme « caviar » ? Les Pierru ont leur explication. La cause de leurs soucis s'appelle l'ICIA (International caviar importers association) présidée par Armen Petrossian, également PDG de la célèbre maison spécialiste du caviar d'esturgeon. « Le lobbying de l'ICIA trouve écho auprès de l'ensemble des services chargés de l'application des réglementations », accusent les Pierru qui ont pris la décision de « laisser tomber. C'est le pot de terre contre le pot de fer. On n'a pas les moyens de s'engager dans un long procès ». Déjà le fait de demander conseil à un avocat spécialisé, changer les étiquettes et modifier le site internet a coûté près de 7 000 euros à cette entreprise artisanale de trois personnes. Une entreprise qui, néanmoins, a décidé de ne pas s'engluer dans cette affaire et de rebondir, sachant que le terme « caviar » est interdit seulement en France, pas à l'étranger où l'on trouvera toujours du « snail caviar », sachant également que 90 % des œufs d'escargots sont vendus à l'étranger. Un autre nom a d'ores et déjà été trouvé : « La perle des sous-bois ». L'inconvénient : « Ça fait moins luxe ». Avantages : « c'est plus poétique, le terme « perle » ressemble aux œufs et on trouve la clef de la saveur du produit : feuille de chêne, musc et tourbe ». Et puis, finalement, cette mésaventure peut également servir de nouveau coup de pub…
Jeanne Roussel

L'union l'Ardennais