Les Amapiens passent aux légumes

Publié le dimanche 22 mars 2009

Olivier Mabille consacre désormais un hectare à la culture des carottes, pommes de terre et autres choux, courges, salades…

Olivier Mabille consacre désormais un hectare à la culture des carottes, pommes de terre et autres choux, courges, salades…

Nathalie Diot

L'ANNÉE 2008 a été difficile pour l'Amap (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) de Boult-aux-Bois qui entame sa troisième saison (lire par ailleurs). La fièvre catarrhale a eu raison de la moitié du troupeau de chèvres d'Olivier Mabille. À l'heure actuelle, elles ne sont plus que 18. Heureusement, les brebis ont mieux tenu le coup et certaines ont même eu des petits. Elles sont aujourd'hui une cinquantaine.
Néanmoins, le manque à gagner reste important. Le paysan a « perdu 60 % de la lactation. C'est autant de fromage en moins ». Si le préjudice financier est important, le coup au moral plus encore. Pas facile pour ce militant amoureux de la nature de voir mourir ses bêtes et encore moins au bout de deux ans de soins quand il en faut 3 à 5 pour en récolter les fruits. Il a été jusqu'à leur administrer lui-même des tisanes pour les réhydrater au moment de la fièvre.
Coup dur supplémentaire au mois d'avril, le temps mi-chaud mi-pluvieux a épuisé les abeilles en les trompant sur la saison et la récolte du pollen. Et, en ce début 2009, la ferme du bout du bois a perdu un tiers de ses adhérents. Ils ne sont plus que 20 au lieu de 30. De quoi en décourager plus d'un !
Olivier Mabille avoue avoir pensé à arrêter le jour où on lui a proposé un salaire et des horaires fixes.
Mais, non, il a transformé le négatif en positif et a choisi de consacrer le temps qu'il ne passe pas à faire des fromages (faute de lactation), à cultiver des légumes.
Sur ses 20 hectares, un hectare est désormais prévu pour des carottes, pommes de terre, choux, courges, salades, etc. Et pour avoir un rendement intéressant dès le mois d'avril, il a mis au point un procédé efficace : des tunnels de forçage. Du fumier est enterré à 40 cm dans le sol, recouvert de terre végétal, semé, puis mis sous bâche. Le coup de chaud permet aux salades, carottes, oignons, radis de germer plus tôt. Un boulot énorme - pour celui qui se dit « de nature paresseuse » - qui ne raccourcit pas ses journées (7 heures-12 heures/13 h 30-22/23 heures), mais qui a déjà des retombées positives. De nouveaux adhérents pourraient arriver.
Et, puis, le paysan sait s'entourer. Il accueille, chaque année, des stagiaires pendant plusieurs mois. Parmi eux, une jeune Ardennaise, qui poursuit actuellement une formation en Gironde et souhaiterait, elle aussi, créer son Amap.
Ce projet réjouit Olivier Mabille, car il permettrait de fonctionner en réseau. Pour le moment, il dirige la seule Amap de la région (la plus proche est dans l'Aisne).
Entre crise économique et réchauffement climatique, cette initiative, en cohérence avec l'environnement, semble plus que jamais dans le coup. Peut-être un jour, les Amap seront-elles aussi nombreuses en Champagne-Ardenne qu'en Paca où on les compte par centaine. Un choix politique.

Nathalie Diot

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