Publié le dimanche 25 octobre 2009
Organiser et entraîner des commandos de l'Abwehr chargés de porter des uniformes étrangers pour mieux s'emparer des points sensibles des pays sur le point d'être envahis, tel est l'un des objectifs d'Hitler. Il veut recenser des officiers et des sous-officiers maîtrisant parfaitement la langue du pays à infiltrer pour leur confier la prise de contrôles de bâtiments et de points de passage essentiels pour les troupes d'occupation. La Hollande et la Belgique sont les deux pays choisis pour développer cette pratique. Un bataillon spécial composé de cinq cents soldats se prépare à ces opérations ponctuelles. Il est même envisagé de parachuter un groupe paramilitaire sur La Haye pour capturer le gouvernement des Pays-Bas. Pour bénéficier des relais locaux indispensables au succès de ce plan, le Reich s'adresse aux organisations nazies de Hollande. C'est ainsi le führer obtient deux cents volontaires qui sont envoyés en Allemagne pour subir un entraînement militaire intensif.
L'amiral Canaris exige que l'Abwehr se procure des uniformes hollandais et, si elle échoue, de les fabriquer. Un petit réseau d'espionnage est activé pour informer l'entourage d'Hitler de toutes les habitudes des principaux dirigeants des Pays-Bas. Dans le même temps, un travail identique est effectué en Belgique. Toutefois l'unanimité n'est pas au rendez-vous. Le colonel Hans Oster, l'un des adjoints de Canaris entreprend une tournée des généraux de la Wehrmacht afin qu'ils se mobilisent pour contraindre Hitler à renoncer. L'opposition s'organise mais la désignation du général von Brauchitsch pour prendre la tête de la contestation est un mauvais choix. L'officier est un bon stratège et un commandant respecté mais il n'est pas un orateur. Or pour être en mesure de contrer Hitler, il vaut mieux être un tribun maniant les idées et le verbe avec une facilité à même d'interpeller son interlocuteur, mieux de le déstabiliser dans ses certitudes. Bien sûr, Brauchitsch est coaché pour être à même d'exceller face au führer. L'audience est programmée le 5 novembre 1939 à midi. Besogneux, le général récite l'argumentaire qu'il a soigneusement répété mais cela se révèle insuffisant pour faire vaciller le chancelier. Hitler entre même dans une colère folle lorsque Brauchitsch soutient qu'en Pologne, les fantassins ont témoigné d'une moindre aptitude offensive qu'en 1914.
Eructant contre des mensonges grossiers, il exige une liste précise des manquements constatés ainsi que les sanctions retenues pour punir : « les pleutres et les indisciplinés ». Alors que le général bafouille, Hitler met un terme à l'entretien en claquant la porte. Brauchitsch est livide d'autant qu'avant de partir, le führer hurlant s'en prend à l'esprit de faiblesse qui règne au sein du Grand quartier général. Pointant un index menaçant devant son interlocuteur il s'étrangle : « Je sais tout de l'esprit de Zossen, de l'étroitesse d'esprit de certains scribouillards qui se prennent pour de grands chefs. Le jour venu, ils répondront devant moi de leur petitesse et de leur bêtise ».
Cette grosse colère est suffisante pour angoisser les cadres du GQG qui redoutent une opération « coup-de-poing » de la gestapo. La situation est suffisamment incertaine pour que le colonel Oster détruise les documents de cet embryon de conjuration.
Toujours opposés aux choix d'Hitler, un groupe d'officiers dont plusieurs membres de l'Abwehr tentent de prendre contact avec des dirigeants alliés en passant par le Saint-Siège. Un avocat catholique munichois antinazi, Josef Muller qui défend l'église contre toutes les tracasseries foncières opérées par une administration soumise aux pressions politiques est sollicité pour informer Pie XII. Il approche pour ce faire Mgr Micara qui est le nonce apostolique en résidence à Bruxelles. Il s'agit d'informer en amont de la date d'attaque des troupes allemandes. Une démarche équivalente est entreprise en Hollande par l'intermédiaire de l'attaché militaire des Pays-Bas à Berlin, le major Sas. L'épouse de ce dernier réside toujours à La Haye aussi emploie-t-il un langage convenu pour lui donner des informations qu'elle s'empresse de transmettre au gouvernement qui peut ainsi croiser ces données avec des renseignements communiqués par le cabinet britannique. Le major Sas entretient aussi des rapports privilégiés avec le vicomte Jacques Davignon, ambassadeur de Belgique. Le diplomate juge alors essentiel de rédiger un « courrier spécial » à l'adresse de son gouvernement, insistant sur sa confiance absolue sur la véracité des informations recueillies : « La décision du führer est prise et une date est fixée. L'envahissement de la Belgique, de la Hollande et du Limbourg aura lieu dans les premières heures du dimanche 12 novembre. Les armées allemandes feraient donc un mouvement tournant pour atteindre la France ». Il est d'autant plus convaincu que sa source lui a déjà communiqué antérieurement que le général allemand Frantz Halder est chargé de programmer : « une marche de la Werhrmacht à travers la Belgique en évitant autant que possible la Hollande ». Les services spéciaux alliés recensent d'autres sources qui confirment l'initiative allemande. Pourtant aux Pays-Bas, plusieurs personnalités doutent de la pertinence de la totalité des informations ainsi collectées. Il n'y a guère que la reine Wilhelmine et son ministre de la Justice Pieter Sjoerds Gerbrandy qui attachent de l'importance à ces confidences. Les autres parient sur une entreprise d'intoxication d'une unité de désinformation de l'Abwehr. Bref, les avertissements en provenance de Berlin n'ont pas le retentissement qu'ils méritent.
Cette course contre la montre témoigne de l'inquiétude de Berlin devant les livraisons de matériels de guerre américains aux Européens en guerre contre l'Allemagne. Conscient du danger et inquiet d'une interprétation inappropriée de ses partenaires, Winston Churchill s'adresse à Gamelin dès le 4 novembre pour l'interroger sur ce qu'il conviendrait de faire en Belgique si la Hollande était envahie. Ce qui n'est pas sans embarrasser l'état-major français.
mTextes : Hervé Chabaudm
mh.chabaud@journal-lunion.frm











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