Publié le mardi 24 janvier 2012 à 10H31 - Vu 74 fois
« La perte du triple A reflète le manque de confiance des investisseurs dans la dette publique française. »
Selon l'économiste Eric Heyer, la France pourrait récupérer son triple A.
Éric Heyer est directeur adjoint au département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), centre de recherche en économie de Sciences Po. (C'est le frère de Jean-Yves Heyer, directeur d'Invest in Reims). Selon lui, la perte du triple A est moins une catastrophe que d'imaginer la France sortir de la zone euro.
La perte du triple A est-elle grave pour la France ?
« Oui et non. Ce n'est pas la perte du triple A qui est grave en tant que telle. Elle n'est que le reflet d'une situation qui était déjà présente. C'est-à-dire le manque de confiance des investisseurs dans la dette publique française, plus que dans la dette allemande par exemple. La situation était déjà grave, la dégradation ne fait que l'entériner. Cependant il ne faut pas donner trop de poids aux agences de notation, car ce ne sont pas elles qui font le marché en terme de dette publique. »
Comment récupérer le triple A ? Dans quels délais ?
« La façon la plus simple est que la Banque centrale européenne intervienne massivement, en jouant le rôle de prêteur en dernier ressort. Il faut qu'elle puisse racheter de la dette publique des États européens pour assurer qu'il n'y ait aucun risque de faillite. Pour cela, elle doit changer son statut. À partir de là, le taux d'intérêt va diminuer, et les États auront plus de marge de manœuvre pour des politiques de croissance et d'emploi, plutôt que l'austérité. Ainsi l'État va réussir à stabiliser la dette et à se désendetter, ce qui amènera à la récupération du triple A.
L'abandon de la monnaie unique serait il une solution ?
« Non, c'est une solution, mais ce n'est pas la bonne. Si on faisait le choix de sortir de l'euro, à court et moyen terme, donc dans les six ou sept prochaines années, cela aurait des conséquences catastrophiques. Cela augmenterait la dette publique, puisque la dette en euros se transformerait en dette en francs qui se dévaluerait. On bénéficie encore d'une certaine protection de la zone euro.
Quand le consommateur va-t-il ressentir la perte du triple A ? Par quels procédés ?
« Je ne suis pas sûr que le consommateur va ressentir cette dégradation. Ce n'est pas la dégradation qui fait les marchés, mais l'inverse. Cette perte est synonyme, en théorie, d'une hausse des taux d'intérêts. C'est cette hausse qui risque de se répercuter chez les ménages voulant contracter des emprunts. Le gouvernement français va devoir mettre en place des plans d'austérité qui vont aussi toucher le consommateur par la diminution des pensions pour les ménages. »
Le modèle social français doit-il être remis en question ?
« Disons que le modèle social français est plus généreux qu'ailleurs. En France, ces derniers temps, on a voulu le beurre et l'argent du beurre. Un modèle social généreux, en baissant les prélèvements obligatoires, ce n'est pas possible. C'est un choix à arbitrer : soit on garde ce modèle social basé sur la solidarité mais qui va devoir susciter des prélèvements obligatoires importants, soit on réduit les prélèvements obligatoires mais aussi les dépenses. »
Recueilli par Loïc Queffelec
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