Fonderie : « Lutter à armes égales »

Publié le mardi 10 novembre 2009

Jean-Pierre Miette dans l'atelier de fonderie d'Ardenn Alu, à Vivier-au-Court. 	Karen KUBENA

Jean-Pierre Miette dans l'atelier de fonderie d'Ardenn Alu, à Vivier-au-Court. Karen KUBENA

Karen KUBENA

En 2005, 350 chefs de PME et PMI ardennaises des zones de Vrigne-aux-Bois et Vivier-au-Court annonçaient la mort de l'industrie en France sans réaction au niveau national. Entretien avec Jean-Pierre Miette, inspirateur du mouvement de fronde et PDG de la fonderie Ardenn Alu.

Par rapport à 2005, quelle est la situation de la fonderie aujourd'hui ?

Elle s'est encore considérablement dégradée. Avec la crise financière, on ne peut même plus investir, même quand le marché est là. Il y a 6 mois, j'ai demandé un prêt de 60 000 € à ma banque qui m'a été refusé. J'avais besoin d'investir dans un tour à commande numérique pour produire des pièces que je ne peux pas réaliser. J'aurais même besoin d'agrandir mes bâtiments, c'est impossible. Le médiateur du crédit est intervenu, ça n'a servi à rien.

Seriez-vous prêt à lancer un nouveau mouvement, comme en 2005 ?

Non, pas personnellement. Tant que les élus ne savent pas ce qu'est l'industrie, on perd notre temps.

Pourtant, votre revendication de suppression de la taxe professionnelle a été entendue…

Une taxe chasse l'autre. Après la TP, ce sera la taxe carbone, etc. Nous ne réclamons pas de subventions non plus, au contraire.

Que souhaitez-vous ?

Nous voulons que l'on se donne les moyens en France de subvenir à nos besoins par le travail. Dans l'industrie, les subventions transitent en réalité directement par les pays étrangers. Renault et PSA sont aidés mais vont poursuivre leur mouvement de délocalisation. De plus, on aide toujours les entreprises qui ont l'effectif le plus important. Il n'y a pas d'équité. J'ajoute qu'avoir des grands groupes français qui ne font que de l'assemblage, c'est une vision industrielle vouée, à terme, à l'échec. Il faut maintenir les filières de productions dans leur totalité, en soutenant toute activité génératrice d'emplois en France.

La sous-traitance peut-elle contrer la concurrence des pays à bas coût ?

C'est impossible, nous ne luttons pas à armes égales. Dans notre profession, un certificat de matière nous est imposé. Cela nous coûte 10 à 15 % de plus. Les Chinois n'ont aucune norme. On les a vu acheter un acier Péchiney et le mélanger à du très bas de gamme. Pour contrer cette concurrence sans oublier la qualité, la seule solution est une politique industrielle de maintien de l'emploi et cohérente. Et que les collectivités territoriales achètent en France !


 


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Tanguy Pallaver
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