Aube / Les Forges de St-Bernard plongées dans l'oubli

Publié le mardi 12 janvier 2010

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Le site aujourd'hui.

Le site aujourd'hui.

Christian LANTENOIS

Fondées par les moines de Clairvaux au XIIe siècle, les Forges Saint-Bernard ont produit sans interruption, jusqu'il y a peu, des fers de qualité.



Genèse d'une grande entreprise métallurgique



Les cisterciens, autour de saint Bernard, ont été des ingénieurs et des industriels. Ils sont à l'origine du développement de la métallurgie dans les actuels départements de la Côte-d'Or, de la Haute-Marne et de l'Aube, à partir des ressources en eau, bois et fer. Cette industrie a contribué amplement à l'enrichissement de l'ordre monastique, au moins à ses débuts. En 1791, les forges sont vendues comme bien national et vont passer entre plusieurs mains. Au début du XIXe siècle, le contexte général est favorable à la production de fers, dont la demande est considérable : les habituels fournisseurs, la Russie et la Suède, ne suffisent plus à satisfaire les besoins de l'industrialisation naissante en France et aux commandes de l'Angleterre et de la Belgique, eux-mêmes pourtant déjà producteurs. Les Forges Saint-Bernard profitent de cette situation, d'abord avec les Harlé d'Ophove puis, surtout, avec les du Manoir.

Ceux-ci vont agrandir le site d'origine, et sans abandonner les infrastructures hydrauliques qui alimentent la forge médiévale, ils installent une forge à l'anglaise et le second train de laminoirs créé en France. L'usine s'étend désormais de part et d'autre de l'Aube. Le site est racheté par son fermier, Royer-Houzelot, en 1873. Exploitées par lui puis par ses gendres, les Forges Saint-Bernard connaissent une expansion sans précédent. Toutefois, des difficultés financières conduisent à céder l'entreprise à Louis Gasne, un industriel parisien, en 1894. Devant la concurrence exercée par les autres régions industrielles, celui-ci se spécialise dans la production de profilés spéciaux. Ils feront le renom des Forges Saint-Bernard.



Chronique d'une mort annoncée



Après la Première Guerre mondiale, le hameau des Forges Saint-Bernard concentre le personnel de l'usine. Les 180 logements appartiennent à la société. Ils abritent une population de 650 habitants environ, un économat, une boulangerie, une boucherie, une cantine, une école. Vraie cité patronale, le hameau est l'objet d'un paternalisme rendu pesant par l'isolement. A la fin du XXe siècle, les 97 ouvriers se recrutaient parmi les membres d'un nombre réduit de familles ! Malgré l'excellence des produits (en particulier, vers la fin, des charnières en aciers spéciaux pour les voitures) et malgré le savoir-faire reconnu des ouvriers, hérité d'une longue tradition, le site a fermé en 2003.

Rien n'a été envisagé pour la sauvegarde du patrimoine bâti, écrit ou immatériel. Un site millénaire, à l'histoire prestigieuse, plonge dans l'oubli, dans l'indifférence générale.

Conseils de visite

Le site des forges est privé, il n'est visible que de l'extérieur. Les logements ouvriers conservés sont situés sur la droite et sur la gauche de la route en direction de Clairvaux (lieu dit les Forges de Clairvaux). Ils sont bien visibles et accessibles.

L'Atlas du patrimoine industriel de Champagne-Ardenne est en vente au CRDP (Centre régional de documentation pédagogique) 17, boulevard de la Paix à Reims.


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