Publié le vendredi 19 mars 2010 à 09H08 - Vu 106 fois
144 ans d’existence mais toujours d’actualité. Le moulin à couleurs, niché dans un vallon, à Ecordal, toujours dans l’air du temps.
CRÉÉ en 1866 par la famille Boizet qui en a gardé la propriété jusqu’en 1992, le Moulin à couleurs d’Ecordal, véritable institution ardennaise, est passée, depuis cette date, dans le giron de la famille Poix. Comptable de formation, Emmanuel a succédé, en 2002, à son père Bernard, terrassé par une crise cardiaque lors de la visite d’une fabrique de pigments en Afrique du Sud.
Du jour au lendemain, il est alors devenu le patron de cette PME de sept salariés, première fabrique française de terres colorantes. « Ça faisait partie de mon plan de carrière, mais je n’avais pas imaginé reprendre de façon si précipitée. Heureusement, je connaissais bien le personnel en place et tout s’est fait naturellement, malgré la détérioration d’un four, un mois après ma prise de fonction ». Depuis et jusqu’en 2008, l’usine a multiplié, par six, son chiffre d’affaires et repris, en 1996, un ocrier d’Auxerre.
Implanté à l’origine à proximité du ruisseau « Le Foivre » qui faisait tourner les meules du moulin hydraulique et à quelques kilomètres de la carrière à ciel ouvert de terre de Sienne de Villers-le-Tourneur, le moulin d’Ecordal produit, aujourd’hui, 400 tonnes de pigments naturels par an, distribuées sous la forme de sacs de poudre.
Explications de l’héritier de cette tradition séculaire : « Une fois extraite du sol des Crêtes préardennaises, cette terre de Sienne qui est un mélange d’argile et d’oxyde de fer est séchée et brûlée à 700 degrés. Elle devient une poudre très fine qui sert ensuite à colorer une multitude de produits. Hormis l’alimentaire, la palette est infinie ».
Même pour des relevés d’empreintes
Et ce moulin vétuste, dont le parc machines se limite à deux étuves, un calcinateur et deux broyeurs, livre en bout de cycle un produit fini utilisé par les fabricants de peinture, les artistes-peintres, l’industrie cosmétique (savon, rouge à lèvres, vernis à ongle, fards…), les grands amorciers pour la confection d’appâts de pêche ou les fabricants d’engrais. Et, surtout, par les métiers du bâtiment et notamment les maçons qui font de l’enduit et des crépis, mais aussi les particuliers qui restaurent leurs maisons de façon traditionnelle.
Paradoxalement, cette vénérable PME dont la terre a servi à la construction des Châteaux de Versailles et de Lunéville, à l’Abbaye de Saint-Michel et à la Villa Demoiselle à Reims, est plus que jamais dans le vent. Ceci grâce à la vogue des produits naturels, au boum de la décoration d’intérieur et à l’essor de l’éco-construction.
« Il y a une grande diversité de clientèles. On travaille aussi bien pour l’artiste qui va faire des enluminures en utilisant 2 à 3 kg par an de notre poudre, que pour des professionnels qui vont commander des séries de 24 tonnes de pigments », résume Emmanuel Poix, dont la poudre colorée a même été utilisée par la… gendarmerie pour des relevés d’empreintes digitales !
Le Moulin à couleurs d’Ecordal qui réalise un chiffre d’affaires de 400.000 euros et qui travaille pour une dizaine de pays, traite ainsi une gamme de 45 teintes à partir de neuf matières de base, dont l’ardoise de Rimogne et le grenaillage de fer des fonderies locales.
« Mais, à elle seule, la terre de Sienne qui fut à une certaine époque usitée dans les hauts fourneaux pour la coulée de fonte, intervient dans la fabrication de quinze variantes. Nous achetons aussi à Kassel en Allemagne et à Madras en Inde ». Avec un tel arc-en-ciel qui lui vaut le surnom d’« United colors of Ecordal », la PME ardennaise est toujours au four et au moulin…
Pascal REMY
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