Publié le dimanche 16 septembre 2012 à 10H05 - Vu 86 fois
Cette année, Francisco de Miranda, héros de la bataille de Valmy, est le personnage central de la chasse au trésor organisée à Sainte-Ménehould à l'occasion des Journées du patrimoine.
SON buste trône quelques centaines de mètres en contrebas du célèbre moulin de Valmy, haut lieu où il livra bataille aux côtés de Dumouriez et Kellermann. Pourtant, nombre de visiteurs passent sans le voir devant le fier visage du « précurseur des indépendances » de l'Amérique du Sud.
Un voyage de « lecture de l'univers »
Au printemps dernier, le gouvernement du Venezuela, sa patrie d'origine, a fait rénover la statue de Francisco de Miranda. Bien que le nom de Simon Bolivar soit mieux passé à la postérité, c'est bien Miranda qui fit souffler sur les colonies espagnoles d'Amérique Latine un vent de libération.
Juste respect de l'histoire, Miranda domine de sa haute taille le petit buste de Bolivar installé sur le parking de l'église de Valmy. Les deux héros ne se font pas face et c'est tant mieux. En effet le général vénézuélien doit d'avoir fini ses jours dans une geôle espagnole à son compagnon de lutte… un certain Simon Bolivar.
Que faisait donc le militaire cosmopolite sur le plateau argonnais en pleine canonnade, le 20 septembre 1792 ? Après avoir servi dans l'armée espagnole, parcouru le monde des jeunes Etats-Unis d'Amérique à la Russie de Catherine II, Francisco de Miranda s'intéresse de près à la Révolution française.
Le tour du monde qu'il a entamé à 33 ans ne le conduit pas, comme nombre d'aristocrates de l'époque, à fréquenter uniquement les salons et les beaux esprits. Ce qui le passionne, c'est l'étude des régimes politiques. Son but : trouver des modèles de société et d'institutions qu'il pourra mettre en œuvre dans son pays d'origine après l'indépendance.
Quoi de mieux, pour ce militaire de formation, que de participer activement à la Révolution dont il admire les idéaux. De fait, arrivé en France quelques semaines seulement avant la prise de la Bastille, il se met au service de l'Armée française de 1792 à 1793. Cette année de combats sera décisive puisqu'il y élaborera son plan d'émancipation de l'Amérique espagnole. Un plan qu'il mettra en œuvre dès 1806.
Bien qu'il fasse partie des héros de Valmy, Miranda est, durant la Terreur, emprisonné et menacé de passer sous la guillotine. S'il sauve sa tête, il comprend qu'il ne pourra compter sur le soutien de la France pour libérer son pays. C'est donc vers l'Angleterre qu'il se tourne.
Trahi par son compagnon de lutte
Son idée est d'établir en Amérique du Sud une fédération d'états inspirée de celle du Nord et baptisée Grande Colombie en référence au découvreur, Christophe Colomb. Il l'imagine sous la forme d'une république s'inspirant des principes romains, des coutumes indiennes et de certaines règles du droit espagnol. Il souhaite que l'ordre prenne une grande place dans sa constitution afin de ne pas reproduire les errements qu'il a constatés dans les révolutions aveugles et les régimes improvisés.
En 1806, sans le soutien des Anglais mais avec une petite aide des Etats-Unis, il arme une maigre flotte et débarque à La Vela de Coro. Il y hisse les couleurs de cette Colombie qu'il vient d'inventer mais ne rencontre pas le soutien escompté auprès de la population.
Sa tentative échouera et il devra se résoudre à revenir au Venezuela cinq ans plus tard. Sa constitution est adoptée, son drapeau tricolore bleu-jaune-rouge est hissé mais Miranda n'a pas la place qui aurait pu lui revenir. Le voici simple député, se pliant néanmoins de bonne grâce au jeu démocratique.
Plus tard, on viendra à nouveau solliciter ses compétences de militaire aguerri pour lutter contre les royalistes. Il s'appuiera alors sur Simon Bolivar. Les deux hommes se déchireront sur fond de trahison. Remis par Bolivar aux Espagnols, Francisco de Miranda s'éteindra à l'âge de 66 ans dans une prison de Cadix.
Héros romantique, moins aventurier qu'avide de connaissance, Francisco de Miranda était par-dessus un humaniste convaincu. Bonaparte disait de lui : « C'est un Don Quichotte, avec cette différence que celui-ci n'est pas fou… il a du feu sacré dans l'âme. » Pas étonnant qu'il ait combattu dans l'ombre d'un moulin…
Stéphanie VERGER
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