Seconde jeunesse pour le ravin du Génie

Seconde jeunesse pour le ravin du Génie

Publié le vendredi 24 août 2012 à 11H00 - Vu 205 fois

SAINTE-MENEHOULD (Marne). Son accès précède le long de cette route le Kaisertunnel, fléché et mieux connu. La proximité de ces deux lignes fortifiées donne une idée de la nature et de l'acharnement des forces en présence, à de très faibles distances l'une de l'autre.

IL se situe le long de la route de Haute Chevauchée, cette belle allée forestière goudronnée, partant de la crête depuis l'ancien préventorium des Islettes, doublant le carrefour de la Croix de pierre, croisant l'abri bétonné De Courson, le cimetière de La Forestière, dans un tournant encore non signalé sur la gauche.
On doit à Colette Martin Blanchet, aujourd'hui décédée, le début de la remise en état des lieux. Habitante de Lochères, elle s'est consacrée à l'exhumation de ces sites. En parfaite connaissance du terrain, elle a effectué le repérage des sites, souvent sur les indications des agents de l'O.N.F., malgré la tempête de fin de siècle et les travaux forestiers qui ont supprimé parfois des restes historiques émergeant. Animant avec dynamisme une équipe d'animateurs motivés comme elle, elle a soutenu plusieurs saisons de suite des équipes militaires et civiles, communiquant aux jeunes sa passion de ces lieux d'histoire toujours riches en découvertes.

D'importantes installations

L'endroit ne manque pas de grandeur. Le circuit emprunté depuis la route conduit à un ravin que les cartes d'État-major ont désigné sous le nom de ravin du Génie.
La violence des combats en Argonne s'y est manifestée de 1914 à 1917, avec un apaisement relatif au début de 1918, jusqu'au 26 septembre, date à laquelle l'armée américaine y a pris l'offensive. L'implantation dans le ravin peut se situer à partir de 1915. Elle est effectuée par les unités du Génie français, notamment des éléments du Ier régiment du Génie. Le but était d'amener à pied d'œuvre les matériaux et engins nécessaires à la guerre des mines, tout en aménageant pour la troupe un lieu de vie dans cette précarité.
Le site, très encaissé, est à l'abri des tirs ennemis. Il se développe sur une distance approximative de 700 mètres, parcourue par une voie ferrée de 60.
On y relève des installations d'écurie, d'abri-bureau, d'abri-caverne, un réservoir d'eau, les citernes avec bacs filtrants, le lavoir, des salles abritant probablement les compresseurs et les groupes électrogènes, le tout aéré par un énorme puits d'aérage, encore en recherche en archives pour retrouver des emplacements plus précis. Au point de vue de l'armement, on y situe, cachés sous des abris individuels semblables aux cabanes des bûcherons argonnais, une section de tir de trois canons de 75 reliés par une tranchée en dents de scie à un poste d'observation.

Un circuit à découvrir

Un début de remise en état est visible : la carcasse de l'abri-bureau reconstituée en rondins. Sa couverture en genets lui donnera son aspect initial. Encore visibles, des pots de cheminées en terre réfractaire, par groupe de trois et quatre, signalent une ancienne évacuation de fumées latérales. Avec un peu plus loin, le long du chemin, des bâtiments en bois reconstitués eux aussi, à usage non défini, d'écuries ou d'abris à matériel.
Plaquée à flanc de la paroi, remise à jour, la façade d'une ancienne chapelle médiévale, utilisée en citerne réserve d'eau par les combattants, apparaît désormais. Les caniveaux d'écoulement du trop-plein sont visibles. À la suite, creusées dans la paroi, les ouvertures des abris apparaissent. Certains ont leur entrée échafaudée. Orifices désormais béants et attirants, tout le mystère de leur tracé souterrain reste à découvrir en sécurité. Les plans font apparaître une liaison entre eux.
Tout au fond, le ravin s'élargit pour former le cirque fameux des Sept-Fontaines. Une des sources s'écoule désormais à nouveau. Une citerne aux dimensions respectables y est remise à jour. Sa capacité est estimée à plus de 15 000 litres, la profondeur exacte n'étant encore pas déterminée. Les bacs filtrants adjoints sont eux aussi encore en place.
Une remontée abrupte permet de retrouver l'emplacement de cette voie ferrée de 60 à flanc de ravin, encore parfaitement visible. Le long de cette ancienne voie ferrée, aujourd'hui chemin forestier encore parfaitement nivelé, on trouve une belle excavation dont l'origine n'est pas prouvée, explosion volontaire de mine ou d'un stock de munitions. Le poste de guet annoncé en parpaings d'origine, relié à l'ensemble par une tranchée, est en place et domine le ravin.
On ne manquera pas, à l'issue de la visite, de faire la comparaison avec l'installation du secteur allemand. La base arrière se trouvait aux abris du Kronprinz et était connue sous le nom de Römerslager, le camps des Romains. Bâti en dur, la douzaine d'ouvrages qui le constituaient disposait de boyaux de liaison. On en trouve encore trois éléments dont deux pourraient être sauvés. Le style de construction marque la différence de conception : chez les Allemands, après la percée, s'installer pour tenir, chez les Français installations solides mais provisoires, pour reconquérir le terrain.
La reconquête a eu lieu. L'enthousiasme créatif de Colette Martin Blanchet a montré le chemin et engagé la reconstitution. Derrière elle, et pour honorer son souvenir, les membres de son équipe ont pris la relève. À la belle saison, les chantiers ont repris et sont toujours en cours.

L'union l'Ardennais