Publié le jeudi 09 décembre 2010 à 12H00 - Vu 312 fois
Deux historiens reviennent sur les événements qui ont secoué et façonné le champagne. 1911-2011. Le centenaire des révoltes du champagne méritait bien un ouvrage à l'usage de tous ceux qui cherchent à comprendre le vignoble aujourd'hui.
ILS ne se sont pas révoltés en vain. Aujourd'hui encore - aujourd'hui en particulier - les événements qui ont secoué la Champagne en 1911, jusqu'à remuer un Etat français hésitant et confus, prennent tout leur sens. S'ils n'ont pas fait la révolution, les vignerons ont pourtant révolutionné la Champagne d'autrefois pour construire les fondations de celle que l'on connaît de nos jours. Et à l'heure où l'Inao se penche sur la révision de l'aire d'appellation, impossible d'oublier que la délimitation fut l'une des raisons qui ont embrasé le vignoble, dans la Marne et dans l'Aube.
Idées reçues
Bien sûr, tout le monde connaît l'histoire, ou du moins croit la connaître. A l'heure du centenaire, l'occasion était trop belle pour ne pas creuser la question davantage. C'est ce qu'ont entrepris Fabrice Perron et Yann Harlaut, deux universitaires rémois et doctorants en histoire. « Un siècle après, on peut avoir ce recul et cette distance nécessaire », confie Fabrice Perron, qui cosigne « Les révoltes du champagne ». Il fallait, dit-il, sortir des ouvrages polémiques qui ont pu défendre différentes thèses. Et en même temps, tordre le cou à certaines idées reçues. Des exemples ? « On a souvent entendu que les révoltes étaient une affaire d'hommes, alors que les femmes sont partout. » Souvent en tête de cortèges, parfois pour stopper les charges de cavalerie. On l'observe d'ailleurs sur différentes photographies dont est parsemé l'ouvrage.
La misère d'abord
La rumeur a aussi souvent déformé certaines réalités. « On a souvent dit que la révolte était particulièrement violente dans l'Aube, alors que ce n'était pas le cas », rappelle le chercheur. De même, les bombes lancées à Venteuil ou encore à Damery n'auraient jamais existé non plus.
Quelques légendes qui n'effacent pas de réels épisodes de violence. Le 17 janvier 1911, les celliers du négociant Achille Perrier à Damery sont ravagés à coup de pioche et de pelle. Ce n'est que le début. Depuis des années pourtant, la colère grondait. Car c'est dans la misère que les révoltes ont trouvé leur terreau. Le phylloxéra d'abord, à la fin du XIXe siècle, puis le mildiou, ravagent les vignes, la production chute considérablement.
Le décret déclic
L'année 1910 donne le coup de grâce. « Un vigneron de Venteuil, M. Potel, mit toute sa récolte dans une bouteille d'eau-de-vie […] » Et puis il y a les fraudes, dont certains négociants sont accusés, à tort ou à raison. Ce vin acheté à bas prix dans le sud de la France et qui contribue à affamer les vignerons de Champagne.
« Mais il est certain que c'est le décret de 1908 qui va amener les tensions », précise Fabrice Perron. Contre toute attente, l'Aube est exclue de l'appellation. « Ce décret sert de déclic, c'est un effet levier. » La révolte atteint son paroxysme au mois d'avril. Les maisons Raymond de Castellane, Delouvin, Menudier sont mises à sac. D'autres suivront.
Jamais pourtant, les émeutes ne déborderont jusqu'au pire. « Il faut dire que le vignoble était contrôlé par la police. Dans la Marne, les parlementaires ont réussi à maîtriser. » Même les « agitateurs parisiens » venus semer le trouble et politiser le dossier ont échoué.
Le calme reviendra pourtant au mois de septembre, après plusieurs procès et des jugements modérés. Mais il faudra attendre 1927 pour que le législateur adopte des principes clairs. « En fait, ajoute Fabrice Perron, c'est l'Etat et ses tergiversations qui ont favorisé ces agitations. L'instabilité politique et la succession de gouvernements y sont pour beaucoup. »
Des révoltes qui ont placé la Champagne dans le judas des observateurs locaux, nationaux et internationaux. La presse ne la quitte plus des yeux. On retiendra aussi que ces événements y sont pour beaucoup dans la volonté qu'affichent aujourd'hui encore les différents acteurs du champagne à travailler ensemble.
Julienne GUIHARD-AUGENDRE
Les révoltes du champagne, éditions Dominique Guéniot, 118 pages, 24 euros.
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Les dernières contributions
le chevalier de...
Reims
09/12/2010 à 19h52
Je crois que les auteurs feraient bien de relire leur histoire. Le sud a connu en 1907 une misère consécutive à l'importation de vins frelatés, la misère des vignerons de l'Aude et de l'Hérault a été terrible. Le président du conseil a reçu la démission de 612 maires alors que plus 800 000 manifestants s'étaient réunis à Montpellier. Le maire de Narbonne Ernest Ferroul et le comité D'Argeliers sont arrêtés il s'en suit des émeutes qui font 6 morts parmi la population civile...Clémenceau cède et décide de protéger les vins contre le mouillage et la chaptalisation. Pour la Champagne les producteurs de betteraves sucrières favorables à la chaptalisation profitaient du malheur des vignerons. Le vin acheté à bas prix affame le sud ( il est donc faux de mettre en cause le vin du sud) car ce sont des vins frelatés venant en majorité de l'étranger. Ignorer ce passage de l'histoire des vignes me semble indécent de la part d'enseignants...