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Reims Management School / Jean d'Ormesson : le temps passe, l'esprit reste

Publié le mercredi 21 janvier 2009 - Vu 3 fois


Jean d'Ormesson : le sourire de Voltaire et les yeux du bon dieu.

Jean d'Ormesson : le sourire de Voltaire et les yeux du bon dieu.

Gerard PERON


AVANT d'animer hier soir de sa verve le grand amphithéâtre de RMS, Jean d'Ormesson faisait à l'heure du thé une entrée discrète mais attendue dans la petite librairie - café « Rose et son roman », 76 rue Chanzy, pour une séance de dédicace de son nouveau testament « Qu'ai-je donc fait »
On ne peut écouter parler Jean d'Ormesson sans le voir. On entend dans le son de sa voix la forme de son sourire et la malice de son regard. Nulle grandiloquence ne résiste à la saveur de cette diction pétrie de classiques. D'Ormesson partage avec Luchini cette même jubilation du verbe pur, ce même regard dont on se demande si la séduction tient à sa couleur ou à l'océan de citations qu'il contient, et une façon de faire sonner les phrases avec une précision qui indique sans ambiguïté à l'auditeur qu'il serait sacrilège d'en laisser perdre une miette de virgule.
Le plus rebattu des lieux communs se trouve d'emblée restauré dans sa gloire de vérité éternelle et prend des allures de gourmandise. Car d'Ormesson, ancien normalien, agrégé de philosophie, a la culture assez vaste et l'intelligence assez vive pour ne pas avoir besoin, afin de donner l'illusion d'être original, de dédaigner les grandes vérités des génies qui l'ont précédé d'un rictus de bon entendeur revenu de tout.
Cet admirateur de Chateaubriand ne se soucie pas plus d'être original que d'être à la mode. « Je ne me suis pas démodé, parce que je n'ai jamais été à la mode. Je n'ai pas été existentialiste avec Sartre, je n'ai pas suivi le Nouveau Roman, je n'ai pas été trotskiste en mai 68. On m'a catalogué réactionnaire parce que je continue à entretenir avec ferveur le culte de la beauté à une époque où l'on considère comme ringard et consternant de parler de « beauté » en art. On m'a catalogué écrivain catholique parce que je n'ai pas éprouvé le besoin de piétiner mon héritage culturel, alors même que je suis profondément agnostique, entouré de tant de gens qui « savent » que Dieu existe ou non. On m'a catalogué de droite parce que j'ai très vite compris que Hitler et Staline n'étaient qu'une seule et même chose, et qu'en 1940, c'était De Gaulle qui s'opposait à l'horreur. »
D'Ormesson a quelques agacements : « Ceux qui nient leur héritage et se présentent comme fils de cheminot quand leur père est président de la compagnie nationale des wagons lits. », peu de regrets (« le remords est une seconde faute » Spinoza), des craintes sur l'avenir, et un pessimisme serein et mélancolique que les superficiels prennent pour un optimisme béat.

Rencontres passerelles de RMS - 59, rue P. Taittinger - Campus 1, face à la faculté des lettres - Grand amphithéâtre à 20h30 Réservations au 03.26.77.46.41 ou sur www.passerelles.net

Anne Mignot
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