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Philippe Vaillant éclaire les vitraux de René Dürrbach

Publié le dimanche 25 juillet 2010 à 11H00 - Vu 102 fois


C'est avec passion que Philippe Vaillant livre au public les secrets des vitraux de Mézières.

C'est avec passion que Philippe Vaillant livre au public les secrets des vitraux de Mézières.


On ne s'ennuyait pas, en ce temps-là, sous les ors de la république, on y avait même des idées. Et pas des futiles.
A l'orée des années 50, un fonctionnaire de la Direction générale des Arts et Lettres (il faudra attendre 1959 et André Malraux pour que la Culture ait droit à un ministère) songe ni plus ni moins qu'à Pablo Picasso pour concevoir les nouveaux vitraux de la basilique de Mézières, qui a passablement souffert des deux guerres mondiales.
Mais l'artiste doit décliner la proposition. Et l'excuse est évidemment recevable : il est athée. Cependant, l'auteur des Demoiselles d'Avignon et de Guernica qui symbolise le cubisme (à défaut d'en avoir été le théoricien) glisse un conseil : « Prenez donc Dürrbach… »
Né en 1910 à Bar-le-Duc, cet ancien ardoisier s'est formé au dessin et à la sculpture au contact de Marcel Gimond puis d'Albert Gleizes. René Dürrbach est devenu l'ami de Fernand Léger, Robert Delaunay… et Pablo Picasso, donc.
Quand l'Etat lui passe commande pour Mézières, il est en train d'achever les vitraux de l'église d'Epenoy (Doubs). Mais cette fois l'entreprise est d'une tout autre envergure. Les chiffres donnent le vertige : 62 vitraux, soit plus de 1.000 m2 ! Débutés en 1954, les travaux seront achevés en 1979 !
D'une vierge l'autre
Pour dessiner ses cartons, l'artiste fait appel à un autre élève et ami de son maître Albert Gleizes, Henri Giriat. Théologien, homme de l'art, il l'avait déjà accompagné sur le projet d'Epenoy.
Pour Mézières, le tandem s'appuie sur la double dédicace de l'église devenue basilique (à la Vierge Noire et à la Vierge d'Espérance) et sur l'existence de deux registres (c'est-à-dire deux niveaux) : pour le bas, Dürrbach et Giriat évoquent différents moments de la présence de la Vierge durant la vie du Christ ; pour le haut, puisant dans le Livre de la Sagesse, ils retracent le rythme du temps et celui des saisons.
L'ensemble est une symphonie de couleurs et de symboles qui transcendent les fondements religieux qui ont inspiré les artistes. On y lit certes une véritable exégèse, une traduction matérielle des grandes questions et du cœur même de la tradition chrétienne, des écritures, voire, tout simplement, de la foi.
Mais l'œuvre est aussi un miroir spirituel accessible au public affranchi ou étranger à la religion. Les vitraux de Dürrbach sont offerts à l'humanité, ils élèvent l'homme : son regard, physiquement, puisqu'il faut lever les yeux pour observer, lire les vitraux, son esprit, tout autant, si l'on admet que les interrogations (à défaut des réponses) des gens de foi rejoignent souvent celles des non-croyants. L'art sacré est d'abord un art, et il l'est pour tous.
Héritier des cubistes et des non figuratifs, René Dürrbach a cependant créé une œuvre riche mais singulière, pour ne pas dire dérangeante. Tout un chacun n'est pas toujours sensible aux beautés et richesses d'une chanson dont les paroles ont été écrites en une langue étrangère, la mélodie fût-elle heureuse et harmonieuse.
Ecrivain, enseignant, spécialiste de René Daumal, l'Ardennais Philippe Vaillant a rencontré René Dürrbach en 1968. Il se passionne tout aussitôt pour cette aventure artistique hors du commun. Les deux hommes sympathisent, se reconnaissent.
Injustement méconnus
Philippe Vaillant était donc tout désigné pour enfin offrir à la basilique (dont la première pierre fut posée en 1499 et qui accueillit en novembre 1570 le mariage du roi de France Charles IX avec Elisabeth d'Autriche) et surtout à ses vitraux le livre-guide à même de mieux appréhender et mieux comprendre cette œuvre monumentale injustement méconnue. Comme il le fait le plus souvent possible in situ, il décrit et explique avec un vrai sens de la pédagogie les principales facettes de cet ensemble patrimonial sans égal. Un livre clé pour avoir les clés ouvrant à la compréhension de cette merveille.
Très richement illustré, un livre qui est aussi un hommage au créateur, René Dürrbach (décédé en 1999), à, son complice Henri Giriat (qui signe l'avant-propos) et ce faisant aux artisans d'art qui ont installé et monté les vitraux (comme Jean Lanfranchi).
Un viatique indispensable pour visiter et (re) découvrir les vitraux de Mézières, injustement méconnus (ils n'ont pas la célébrité des Chagall de Reims, par exemple). Ce que Philippe Vaillant explique par la relative indifférence de l'Eglise, mais aussi par le caractère non-figuratif, voire abstrait de l'œuvre. Ce qui est vrai. Mais Henri Giriat le souligne pourtant : « On parle trop vite de non-figuration sous prétexte que l'on ne discerne pas dans les vitraux de représentation naturaliste. A distance, je me demande si, selon la terminologie d'Albert Gleizes, il a forme sans figure […] Par contre, toute forme plastique, toute structure organique, vivante, […] donne naissance à une texture visible, lisible, qui est figure, qui est présentation et non représentation. »
Philippe Mellet
charleville@journal-lunion.fr

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