Publié le lundi 25 juillet 2011 à 09H58 - Vu 55 fois
Chaque année, ils sont des dizaines à écrire à Arthur Rimbaud. Bien que les adresses soient souvent fantaisistes, ces missives ont toutes été remises au conservateur des musées de Charleville-Mézières, qui les a pieusement gardées. Depuis 2006, une boîte aux lettres spéciale a même été installée à l’entrée du cimetière de l’avenue Boutet. Grâce à la collaboration d’Alain Tourneux, nous vous proposons de découvrir ensemble quelques-unes de ces lettres (non accessibles au public), tout au long de l’été, du lundi au vendredi. Reconnaissants, enflammés, fraternels, émouvants ou loufoques, ces messages témoignent de l’éternité de l’enfant prodige de Charleville.
ELLE s’appelle Sasha et écrit de Russie. De Tcheboksary précisément, une ville de plus de 400 000 habitants, située sur la Volga, à 600 kilomètres à l’est de Moscou.
Sur l’enveloppe, le nom du destinataire, « M. Arthur Rimbaud », est écrit au feutre vert et est surmonté de dix petits cœurs rouges.
L’adresse, elle, est écrite au feutre rouge : « Cimetière municipal, Charleville (Ardennes), France ». Avec cette mention : « Laissez sur la tombe SVP ! ».
Sasha voulait sans doute que son cri d’amour demeure au plus près de la dépouille du poète. Car c’est bien d’un cri d’amour qu’il s’agit dans cette lettre. Qu’on en juge : « Arthur ! Je t’attends. Pourquoi as-tu me quitté ? (sic). Je ne peux vivre sans toi. Je n’en peux plus ! Ne pars pas parce que je t’aime ! Sasha ».
Le texte, pourtant court, occupe toute la page. Comme pour mieux faire mesurer l’intensité de sa déclaration, Sasha l’a écrit en lettres énormes, avec un feutre rouge. À l’exception des trois derniers mots, écrits avec un feutre bleu.
En 1994, l’exposition sur La malle de Rimbaud avait été présentée à Moscou et une délégation régionale, dans laquelle se trouvaient plusieurs Ardennais, avait fait le déplacement. Sasha a-t-elle vu cette exposition ? Nul ne le sait. Au dos de l’enveloppe, elle a écrit de sa main quatre vers du Bateau ivre : « Mais vrai, j’ai trop pleuré ! Les aubes sont navrantes/Toute lune est atroce et tout soleil amer/L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes/O que ma quille éclate ! O que j’aille à la mer ! »
B.G.
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