Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site Ou, cliquez ici pour l'ajouter au menu démarrer

Leila Bekhti, humble star

Publié le dimanche 15 juillet 2012 à 11H00 - Vu 1204 fois


Bien qu'elle n'aie pas été maquillée pour la séance photo qui n'était pas prévue, l'actrice s'y est prêtée

Bien qu'elle n'aie pas été maquillée pour la séance photo qui n'était pas prévue, l'actrice s'y est prêtée


Rencontre. Propulsée vers les sommets, Leila Bekhti est restée simple. À l'affiche depuis mercredi avec « Mains armées », l'actrice analyse ses débuts fracassants dans le cinéma avec lucidité.

Pour quelles raisons avez-vous accepté de tourner « Mains armées » ?
Je choisis mes films en général d'après la rencontre avec le metteur en scène, l'histoire et le personnage. J'ai adoré mon personnage rempli de failles, sur le fil, habité de doutes. Cette femme-flic est un peu corrompue. Elle a plein de circonstances atténuantes qui n'excusent pas tout, avec une mère un peu trop présente et un père un peu trop absent qui est joué par Roschdy Zem. Ce film me permettait enfin de tenir mon premier rôle de flic. J'appréhendais un peu.

Avez-vous rencontré des policiers pour vous familiariser avec ce rôle ?
Je l'ai fait rapidement pendant trois heures. J'ai rencontré une femme-flic au 36 quai des Orfèvres. Je lui ai posé plein de questions et, en même temps, je ne voulais pas aller trop loin pour ne pas rentrer dans une imitation qui aurait été ridicule. Il y a un fantasme avec ce métier car on porte un flingue. Mais je ne voulais pas spécialement tenir un tel rôle. J'ai surtout envie de rencontrer de grands réalisateurs et de faire des rôles différents.

Avez-vous davantage abordé votre personnage dans ses rapports conflictuels avec son père ?
Le métier des personnages donne une vraie dramaturgie au film. Et en même temps, les rapports entre ce père et cette fille servaient l'intrigue policière. Si cela n'avait été qu'un polar, si je n'avais dû résoudre qu'une enquête pendant une heure trente, je n'aurais pas fait ce film. J'ai eu peur de cela quand j'ai lu le scénario. J'ai besoin en fait de suivre le personnage et de voir la dramaturgie. Je ne voulais pas faire une généralité de mon personnage.
« L'insécurité de ce métier me sécurise »

Comment vous êtes-vous préparée ?
Un metteur en scène est pour moi comme un pays. Il faut s'intégrer à sa culture. J'ai tourné dernièrement avec des réalisateurs qui dirigent différemment. J'ai eu l'impression de beaucoup voyager. Pierre Jolivet voulait que je sois plus tonique. Il m'a demandé de faire du sport. C'est vrai que mon personnage est très animal. J'ai aussi travaillé beaucoup avec la costumière parce que ce n'était pas possible, comme je jouais un flic, de porter une veste en cuir pour la énième fois à l'écran. J'aime bien travailler sur les habitudes, les vêtements des personnages et les moments de vie. On n'a pas en revanche travaillé nos scènes avec Roschdy. C'est beau quand on est surpris par son partenaire. C'est beau quand le scénario n'est qu'une promesse.

Avez-vous beaucoup apprécié de travailler de nouveau avec Roschdy Zem qui vous a dirigée dans « Mauvaise foi » ?
J'ai eu le luxe de travailler avec cet acteur que j'aime beaucoup. Dans ma vie personnelle, j'ai un profond respect pour les aînés. Cela fait partie de mon éducation. Du coup, on a joué nos personnages avec beaucoup de pudeur.

Vous tournez depuis peu de temps. Quel regard neuf portez-vous sur ce métier ?
Le métier d'acteur est très violent car il fonctionne sur le désir. Quand le téléphone ne sonne plus, on peut se dire qu'on ne veut plus de vous. L'acte est magnifique quand on offre un rôle car le metteur en scène qui a écrit son film en deux ou trois ans estime que l'acteur peut interpréter l'histoire qu'il a imaginée. Mais, quand on n'est pas choisi, on peut se dire qu'on n'a pas été à la hauteur. Mais cela ne m'empêche pas de savourer les choses car je suis d'abord consciente de la chance que j'ai et en même temps l'insécurité de ce métier me sécurise. Rien n'est acquis.

Aimez-vous vivre au jour le jour ?
Oui. J'aime savourer le moment et ne m'attendre à rien pour ne pas être déçue. Je n'anticipe rien. Comme cela, quand cela arrive, c'est super et, quand cela n'arrive pas, tant pis. J'ai besoin de profiter du moment car c'est une chance de faire ce métier.

Vous parliez de désir. Le téléphone continue-t-il de sonner ?
Oui pour l'instant. J'ai de nouveau tourné avec Géraldine Nakache et Hervé Mimran dans « Nous York » qui n'est pas une suite de « Tout ce qui brille ». Je vais aussi faire le prochain film de Philippe Claudel dont le titre va être changé. Ce sera un drame. Je ferai aussi « L'astragale » de Brigitte Sy d'après le roman d'Albertine Sarrazin. Et j'ai encore des projets.

Refusez-vous des scénarios ?
Oui, j'en refuse.

Sur quelles bases ?
Tout dépend de la rencontre avec le réalisateur. Mais c'est rare quand elle se passe mal. Je refuse surtout quand l'histoire ne me parle pas et repose sur des clichés et quand je n'ai rien à défendre en jouant mon personnage. Pour cette raison, je ne boude pas les seconds rôles. Mon instinct me pousse à faire des choix.

Êtes-vous tentée par le théâtre ?
Oui, je viens de faire mes débuts sur une scène avec «… à la française ! » d'Edouard Baer au festival d'Anjou. La pièce sera reprise à la rentrée à Paris.
« Je voulais être « aideuse » de gens »

Vouliez-vous en faire depuis longtemps ?
Non. Mais le projet m'a parlé. Je n'aime pas la notion de plan, cette idée de faire quelque chose parce qu'il faut le faire. Mais les premières représentations de la pièce m'ont galvanisée.

Rêviez-vous de faire du cinéma ?
Non. J'étais fascinée par PPDA, Cendrillon et Robert de Niro mais je trouvais qu'ils n'habitaient pas sur la même planète que moi. C'est comme les gagnants du Loto. On se dit que cela n'arrive qu'aux autres.

Quel a été le déclic ?
Une fille m'a dit qu'il y avait un casting gare du Nord. Quand je suis arrivée, un acteur qui descendait fumer une cigarette m'a dit de monter voir le réalisateur. Je ne savais même pas qui c'était. J'étais là au bon moment. Mais je n'avais pas encore une passion profonde pour le cinéma.

Le hasard suffit-il dans ce métier ?
Je ne sais pas si j'ai du talent mais j'adore le travail. Par rapport à l'acte que fait un réalisateur en vous offrant un rôle, c'est un minimum de s'investir sur un tournage. J'ai envie de rentrer fatiguée chez moi après ma journée de tournage.

Quel autre métier auriez-vous aimé faire ?
Educatrice. J'en rêve depuis toute petite. Je disais à ma mère que je voulais être « aideuse » de gens. L'amie de mon frère est éducatrice et c'est un métier que j'admire beaucoup.

Est-ce que le succès vous a changée ?
Non. Je sais que j'ai eu beaucoup de chance. J'ai les mêmes amis depuis quinze ans. Je veux rester intègre. Quand on choisit un film, on ne sait pas ce qu'il va donner à l'écran. Du coup, on prend un risque. Je n'aimerais pas tout sécuriser. Mais, pour chaque film, je peux dire pour quelle raison je l'ai fait. Je n'ai pas confiance en moi en général mais pas sur ce plan.

Comment prenez-vous le confort matériel de votre nouvelle vie ?
Cela changerait quelque chose pour moi si les gens autour de moi avaient changé. Quand on est au restaurant avec mon frère et ma sœur, on se bat pour payer l'addition. Je suis heureuse de rendre la monnaie de la pièce à ma famille parce qu'elle a été toujours là. Je suis très dépensière depuis que j'ai commencé à travailler à seize ans. J'adore les fringues. Je peux encore être à découvert aujourd'hui mais, en même temps, je connais la valeur des choses. Je n'irai jamais acheter quelque chose de superflu si mon frigo n'est pas rempli. Je peux aussi mourir demain et je n'ai pas envie d'être enterrée avec mon argent.

Avez-vous envie de devenir mère ?
Oui. J'ai hâte d'inculquer les valeurs que m'ont transmises mes parents. Ma mère m'a toujours dit qu'il fallait oublier les cons.

Avez-vous un modèle comme actrice ?
J'en ai plein. La première comédienne qui m'a fascinée est Giulietta Masina. J'avais dix ans. J'avais vu « La strada » à l'école et j'avais dit à ma mère qu'une dame y parlait avec ses yeux dans le film. Je trouvais qu'elle ressemblait à ma mère parce que, comme elle, elle donne tout avec ses yeux.

Pensez-vous en faire autant ?
J'aimerais bien. C'est toujours plus difficile pour un comédien de jouer avec le silence mais c'est ce qui est le plus galvanisant pour moi. En plus je n'aime pas ma voix.

Propos recueillis par Fabrice Littamé
flittame@journal-lunion.fr

Imprimer Recommander Wikio digg

Il n'est plus possible de contribuer à cet article.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © www.lunion.presse.fr - ISSN 2110-5952