Publié le dimanche 22 juillet 2012 à 10H11 - Vu 92 fois
Outil d'amélioration de la santé publique, les lavoirs jouèrent un rôle social de la plus haute importance au XIXe siècle.
Une curiosité conduit le visiteur dans le petit village de Lavoye, sur les bords de l'Aire. Sauvé par ses habitants, le lavoir a repris du service.
IL était une fois un petit village de la vallée de l'Aire, situé à quelques ricochets de Clermont-en-Argonne. Un village qui recélait une attraction peu banale : un lavoir auquel les villageois ont su redonner le lustre d'antan. Ce petit édifice sans prétention témoigne d'une évolution considérable de la société.
Au XIXe siècle, les maladies infectieuses sont un véritable fléau. Une prise de conscience collective des besoins en matière de santé publique conduit les autorités à rechercher le moyen d'éviter que les citoyens lavent leur linge à la rivière ou dans la mare communale. Tout comme celle du corps, la propreté du linge devient une urgence.
Deux fois par an
Le 3 février 1851, une loi accorde la subvention de 30 % à la construction des lavoirs, complétée par un crédit de 600 000 francs pour une construction, sous le règne de Napoléon III. Les premiers lavoirs couverts et fonctionnels sont liés à la vie des cités. Mieux encore, la tâche des lavandières est sacralisée dans un temple à leur honneur.
Le lavoir sera un édifice communal, un bassin public, couvert, alimenté en eau par une source ou un cours d'eau. Certains sont équipés de cheminées pour la production des cendres nécessaires au blanchiment du linge. Ils seront un pôle important de la vie politique, jusqu'à l'arrivée de l'eau courante dans les foyers et leur remplacement par les machines domestiques.
On fait, à l'époque, deux grandes lessives par an, la première au printemps et la seconde après les grands travaux de la ferme, avant l'hiver. Celle dite « au cuveau » se prépare trois jours à l'avance : un grand cuveau sur pied avec une goulotte de vidange est garni d'une toile serrée et solide. C'est le cendrier dans lequel on enferme des cendres propres et tamisées. On empile dessus le linge sec et on remplit d'eau froide. Au deuxième jour, on procède à des vidanges successives en recueillant l'eau et en arrosant le linge, c'est la lessive à froid. Au troisième jour, on remplace la lessive froide par de l'eau tiède en soutirages successifs et on la remplace au fur et à mesure par de l'eau bouillante. Au quatrième jour, on vide le cuveau, le linge blanc s'en va à la fontaine ou au lavoir. Là, les lavandières, à genoux dans leur baquet, les unes en face des autres, savonnent, frottent, rincent et tordent le linge en bavardant.
Pas de lessive à la Sainte-Agathe
Sainte Agathe est la patronne des lavandières. On ne lave pas le jour de sa fête sous peine de se faire dire qu'on lave son linceul, ou être soupçonné de menace de mort sur une personne de la maisonnée. Les lavandières, face à la source, ont disposé une image jaunie de la sainte éclairée par deux bougies. Cette offrande est censée être la demande à leur patronne pour leur permettre d'accomplir avec amour leur dur labeur de l'année. Le prêtre, accueilli chaleureusement par les lavandières, bénira l'image. Chacune fera un vœu intérieur, dans le secret de ses pensées.
Après une dernière prière, le lavoir s'anime. Chacune des lavandières a disposé une bassine contenant une serviette pliée en triangle, une brosse, un pain de savon noir sans oublier l'indispensable battoir à linge. Et l'ouvrage reprend, explosion de rires, de cris, les battoirs frappent et cadencent le rythme dans l'eau froide. En général, une collation avec tarte, café, vin chaud, réchauffe les corps. On esquisse même quelques pas de danse. Pour un moment, c'est la fête. Le moment sera bref, surtout en février, quand les jours sont courts. Juste le temps de se promettre de faire encore mieux l'année suivante.
A Lavoye, les villageois qui ont sauvé leur lavoir ont fait en sorte de replonger le visiteur dans cette chaleureuse ambiance. Le murmure de l'eau qui traverse le bac central en un véritable courant accompagne le promeneur dès son entrée.
Mise en scène
Le décor est entièrement restauré. Le bac de lavage occupe toute la pièce dans sa longueur, le rebord accueillant est prêt. Tous les figurants sont au complet. Il ne manque aucun accessoire, brouette, paniers, brosses, et surtout les battoirs. Les lavandières, en costume d'époque, semblent affairées. Le metteur en scène a rajouté, pour donner plus de piquant, un observateur masculin occupé à rempailler une chaise. Dans le reflet sur l'eau du bassin, les silhouettes sont repérables. Le spectacle est criant de vérité et de fidélité.
Une visite qui vaut largement le détour pour son réalisme, en reconnaissance à une corporation qui aura largement participé à la santé collective et à la tradition.
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