Publié le lundi 27 juillet 2009 à 01H00 - Vu 167 fois
De retour à Charleville, capitale de la marionnette… et ville de Rimbaud, Philippe Genty ne pouvait éviter de se prêter au jeu… du « Je est un autre » (grâce à ces masques réalsiés par ses propres stagiaires).
philippe mellet
IL est comme tapi derrière un ordinateur portable, dans un petit bureau aux allures de capharnaüm. C'est au bout du couloir, au premier étage de l'École supérieure nationale des arts de la marionnette.
Cela pourrait vous poser un homme. Mais dans les locaux fatigués de la rue du Petit-Bois, Philippe Genty n'a pas l'intention de jouer les mandarins. Invité à diriger un stage ouvert à une quinzaine de professionnels durant tout juillet, celui que d'aucuns surnomment le pape de la marionnette (parce qu'il créa jadis Dédale lors d'un festival d'Avignon dans la Cour d'honneur du Palais des Papes ?) distille un credo qui n'a rien d'un bréviaire empoussiéré. Loin s'en faut. Cela fait même quasi un demi-siècle qu'il s'emploie à tisser des liens entre toutes les formes d'expression.
FESTIVAL._ « Eh oui, désolé, mais je ne serai pas là en septembre. Pour deux raisons : notre acteur Christian Hecq a été sollicité durant cette période par la Comédie française… Et moi-même, je serai en Corée pour diriger un stage et comme juré d'un autre festival… de théâtre visuel. C'était donc impossible de programmer Boliloc (le dernier spectacle produit par la compagnie). »
FESTIVAL (bis)._ « Cela n'entame pas pourtant ma fidélité avec le festival de Charleville. J'étais là pour le premier… C'est là que j'ai rencontré mon ami jacques Félix. J'avais une formation de graphiste, la marionnette, ce n'était pas mon envie première. Mais j'avais réalisé un spectacle et j'ai ensuite entamé un tour du monde pour le compte de l'Unesco afin de monter un film sur les différents théâtres d marionnettes dans le monde. Je suis parti en 2 CV, j'ai visité 47 pays. Le début d'une aventure… qui se poursuit encore. »
PASSERELLES._ « A mon retour, j'ai rencontré Mary (Underwood), danseuse, ma compagne (à la scène comme à la ville). On a monté un spectacle de cabaret. On a joué à Las Vegas, à Londres, devant la reine, au Casino de Paris. Ça a constitué une plateforme financière pour la suite… On a acheté un studio de danse, et pendant ce temps-là, aussi, on a réalisé une série pour la télé, « Gertrude et Barnabé ». C'était une période folle, mais c'est aussi à ce moment qu'on a jeté des passerelles vers toutes formes d'expressions, de la danse au théâtre, en passant par le mime, la marionnette… »
CHARLEVILLE._ « C'est un constat : Charleville est étonnamment connu sur tous les continents par tous les marionnettistes. Une notoriété née d'une double énergie : celle de Jacques Félix et Margarita Niculescu. Dans les années 60, il n'y a qu'en Europe de l'est où l'on trouvait une telle effervescence autour de la marionnette… C'est elle qui m'a demandé un jour de diriger un stage, préfiguration de ce qu'allait être l'Ecole (Esnam). J'ai mis deux ans à accepter, et j'ai posé des conditions que je pensais impossibles. D'abord que le stage dure sept semaines. Ca a marché. On s'est retrouvé dans une vieille maison, dans un parc, en périphérie de Charleville. Il y avait des élèves de toute la planète. Ce fut une ébullition incroyable. L'Esnam est née dans la foulée. J'ai été professeur, un an seulement. Ce qui m'importait, c'était de mettre en évidence les ressources de chacun… Cette philosophie est toujours la même »
CHARLEVILLE (bis)._ « J'ai appris qu'il y avait un projet de pôle de la marionnette. Plus ambitieux encore que ce qui était prévu à Troussel. Une chose est sûre : il faut les structures, mais il faut aussi les hommes… Pour autant, le fait même qu'il y ait débat, le fait même que dans cette région (confrontée à une situation économique difficile), on mette en avant des projets culturels, tout cela me semble très sain. »
TIROIRS._ « Toute ma vie, j'ai refusé d'être enfermé dans un tiroir. C'est pourquoi j'avais insisté qu'il y ait deux « A » à THEMAA quand on l'a créée : association des théâtres de marionnettes… et des arts associés. Il faut constater d'ailleurs que l'Esnam aujourd'hui, est bien plus ouverte aux autres disciplines (théâtre, danse, vidéo etc) que bien des conservatoires de théâtre ou de musique ! C'est ainsi. Les services de communication ou certains fonctionnaires s'arrachent les cheveux mais il faut accepter l'idée de décloisonner les genres. »
Recueilli par Philippe MELLET
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