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Jean Moulin prépare l'unification de la Résistance

Publié le dimanche 15 janvier 2012 à 11H41 - Vu 67 fois


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Jean Moulin a  illustré

Jean Moulin a illustré


Organisation. Pseudo « Rex » ou « Régis », l'ex-préfet de l'Eure qui est délégué du général de Gaulle prend contact avec les mouvements pour les réunir autour de l'objectif commun.

C'est dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 que Jean Moulin est de retour sur le sol français. Le voyage est assez mouvementé mais finalement, l'ex-préfet est parachuté avec deux camarades à une quinzaine de kilomètres du lieu désigné. Moulin tombe dans un bourbier près de Fontvieille sur le versant sud des Alpilles. L'équipe dissimule les parachutes et le poste de radio puis les trois hommes se séparent. Ils se retrouvent plus tard à un point de rendez-vous situé à La Lèque. Moulin qui utilise désormais le pseudo de « Rex » descend jusqu'à Saint-Andiol, rencontre des cousins. Il est bientôt à Montpellier. Il s'entretient avec sa sœur Laure et lui confie assez peu de choses si ce n'est qu'il a rencontré des responsables des services secrets britanniques et français, en particulier le colonel Passy, chef du Bureau central de renseignement et d'action (BCRA).
Coder et décoder
Moulin est déterminé. Il a été formé pour chiffrer et déchiffrer les messages au moyen de grilles et de clés. Il a choisi comme indicatif une strophe d'un poème de Tristan Corbière extrait de « La Rapsode foraine » : « Prends pitié de la fille mère, Du petit au bord du chemin, Si quelqu'un leur jette la pierre, Que la pierre se change en pain ». C'est à Ringway, un vaste domaine appartenant à lord Beaverbrook dans la région de Newmarket, une emprise du Suffolk un comté sur la mer du Nord que Rex s'est formé aux règles impératives qui donnent à un agent sa pleine efficacité. Il y effectue aussi ses sept sauts réglementaires avant d'être renvoyé en France et a le plaisir de faire deux d'entre eux avec le colonel Passy. Les deux hommes ont des échanges fructueux si bien que de retour en métropole, Jean Moulin a des objectifs très précis. Il doit s'efforcer d'amener les chefs des mouvements de Résistance à former au sein de leurs organisations des groupes bien cloisonnés qui ne seront utilisés que pour l'action militaire lorsqu'elle sera jugée nécessaire. Certaines de ces unités doivent être instruites pour le sabotage, d'autres constituées en groupes francs, capables de mener de petites opérations locales ne mettant pas en danger les populations qui y résident.
Sa mission ne s'arrête pas là puisqu'il lui faut veiller à la constitution d'équipes de réception des parachutages d'armes et d'explosifs obéissant à des officiers de liaison venus de Londres.
Passy est clair. Ces officiers seront sous les ordres de Rex mais traiteront directement avec le BCRA pour la réalisation des parachutages. Moulin doit convaincre les responsables des mouvements de préparer leurs propres groupes en fonction du plan militaire d'action au Jour J qui sera finalisé à Londres entre l'état-major du général de Gaulle et l'état-major interallié. Rex dispose d'opérateurs de radio qui sont pour lui les éléments indispensables à un réseau de transmissions et de commandement. Pour ce qui est des moyens pécuniaires, l'ancien haut fonctionnaire est le passage obligé. C'est lui qui formule les demandes de crédits et détermine ceux qui les livrent et ceux qui ont la responsabilité de la dépense.
Moulin est conscient que l'organisation très militaire qu'il lui faut mettre en place ainsi que les mesures de précaution impératives qui s'imposent vont provoquer des résistances des chefs de mouvement craignant de perdre une part de leur autorité. L'action politique est fixée entre le commissaire à l'Intérieur André Diethelm et Rex.
Agir avec méthode
L'ex-préfet qui a un carnet d'adresses très dense est chargé de rechercher parmi les personnalités françaises et les différents groupements de la société civile, celles et ceux qui sont en rupture avec Vichy et refusent le joug nazi.
Quelle qu'ait été auparavant leur appartenance politique, philosophique ou religieuse, l'objectif est de les amener à reconnaître et soutenir le général de Gaulle qui a pris : « l'engagement de restaurer les institutions républicaines à la Libération ». Rex considère que Lyon est la cité idéale pour conduire son action. Dès le 12 janvier 1942 il assiste à une réunion clandestine. Voici le commentaire que livre le colonel Rivière alias « Marquis » de cette première entrevue avec le délégué du général de Gaulle : « Je ne savais pas évidemment quel était le véritable nom de celui qu'on appelait alors Régis, mais son titre d'envoyé du Général lui donnait une importance de premier ordre à mes yeux et la valeur du symbole que nous cherchions tous ».
Moulin ne cache son projet qui est bel et bien à terme d'unifier la Résistance. Il affirme vouloir convaincre les chefs des mouvements de la nécessité d'une action commune en liaison avec la France libre : « sans esprit de clocher, sans ambition personnelle, sans querelles politiques ».
Rex retrouve aussi à Marseille l'une de ses connaissances, le docteur Recordier afin qu'il lui prépare un rendez-vous avec Henri Frenay chef du mouvement « Combat ».
Cette rencontre est programmée pour la deuxième quinzaine de janvier dans un modeste logement chez Agnès Bidault au 103, de la rue Kléber.
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Rex présente les lettres de créances du Général, les consignes d'action et de fournir une enveloppe d'argent. Les consignes très strictes qui lui sont données l'agacent. S'il est d'accord pour accepter les directives générales, il est plus frileux dès lors qu'il s'agit d'être encadré sur les coups de main et les actes de sabotage.
Frenay l'a d'ailleurs écrit : « Je fis à cette époque sur ces consignes des réserves expresses à Jean Moulin. Comme il me répondit que c'était un ordre que lui, délégué de Londres, ne pouvait enfreindre, je me résignai à tenter de les appliquer loyalement. Jamais en fait elles ne le furent. Si le cloisonnement absolu des activités paramilitaires était possible et souhaitable à l'échelle départementale et au-dessus, il ne l'était pas au niveau communal à des hommes, en trop petit nombre et qui ont rempli jusqu'au bout les tâches de tous ordres qui incombaient à la Résistance ». Très vite Jean Moulin rencontre également Georges Bidault. Cet intellectuel brillant reçu premier au concours d'agrégation d'histoire, ancien professeur au lycée de Reims, est impressionné par le calme de son interlocuteur, son niveau d'exigence et la précision de ses méthodes pour y parvenir : « Dès qu'il parlait, c'était la confiance qui se répandait, confiance dans la victoire, confiance dans l'utilité du travail demandé, confiance dans la possibilité de s'en servir ». Il prend aussi contact avec le mouvement libération en la personne de Raymond Aubrac qui en est le responsable militaire. Les deux hommes se retrouvent à Lyon devant le théâtre municipal avant de se rendre dans un appartement sûr. Après cette entrevue, Rex peut rencontrer le chef de « Libération » Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Cet aristocrate à la très forte personnalité n'inquiète pas Moulin. Néanmoins, il s'interroge sur la puissance réelle de son mouvement. Le délégué du Général poursuit ses contacts. C'est à Avignon qu'il rencontre Antoine Avenin, l'un des dirigeants de « Franc-Tireur ». Ce contact est préparatoire à une discussion approfondie avec le chef du mouvement, Jean-Pierre Lévy. Très vite, Moulin comprend que la séparation absolue de l'activité civile et de l'action militaire qui est formellement demandée par de Gaulle ne sied ni à Frenay ni à d'Astier de la Vigerie. L'unification n'est pas gagnée et Rex ne peut compter que sur sa diplomatie pour convaincre.

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