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Indémodable Doisneau

Publié le dimanche 15 avril 2012 à 11H00 - Vu 2382 fois


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Portrait à la cigarette, 1967.  © Atelier Robert Doisneau

Portrait à la cigarette, 1967. © Atelier Robert Doisneau


Paris. 2012 marque le centième anniversaire de la naissance de Robert Doisneau. Une superbe exposition sur son travail autour des Halles parisiennes est présentée jusqu'à la fin du mois à l'hôtel de ville à Paris. Plusieurs livres sont par ailleurs réédités permettant de mieux découvrir cet incroyable photographe.

On connaît tous son célèbre baiser de l'hôtel de ville, ou encore ses photos d'enfants sur les bancs de l'école ou en train de sonner à la sauvette à la porte d'un immeuble. Robert Doisneau sait mieux que personne capter ces instants de la vie quotidienne. Ce 14 avril 2012, celui qui fut, aux côtés de Willy Ronis et d'Édouard Boubat, l'un des principaux représentants du courant de la photographie humaniste française, aurait eu 100 ans.
A Paris, la ville qu'il a tant arpentée avec son appareil photo, une très belle exposition lui rend hommage à travers ses clichés sur le quartier des halles. Elle est visible jusqu'au 28 avril à l'hôtel de ville. L'entrée est gratuite et l'affluence est impressionnante, preuve s'il en était besoin de la modernité de ses photos et de toute la nostalgie d'un Paris d'hier qu'elles engendrent.
Parmi les nombreuses photographies que Robert Doisneau a consacrées au quartier des Halles, 208 tirages, pour la plupart vintage, sont présentés avec une salle consacrée aux photographies en couleur des années 1960. Comme à chaque fois on retrouve tout ce qui fait le talent de ce photographe hors normes : des ambiances, une lumière particulière et des portraits avec des gueules que l'on imagine tout droit sorties des films de Blier et Lautner.
Amoureux des Halles
Entre Robert Doisneau et le quartier des Halles, c'est une longue historie d'amour. Il y prend sa première photo en 1933, à tout juste 19 ans. Il restera fidèle au quartier pendant 40 ans, revenant sans cesse visiter ce lieu, prendre son pouls, fixer sur le négatif les évolutions et les nouveautés. Pierre Delbos, un ami de ses amis photographe : « Ce qui me surprenait, c'était de voir ces gens aller vers lui, il n'avait même pas besoin de les solliciter ! L'accueil aux Halles était extraordinaire, il y avait une ambiance fabuleuse et lui, il avait du flair, vous auriez vu sa façon de les regarder, il les aimait ! Pour nous les Halles c'était spécial, il y avait un esprit qui était en phase avec celui de Robert ! »
Dans les années 1960, les Halles sont menacées. On leur reproche leur inadaptation à la vie moderne : surface trop limitée par rapport aux besoins d'une capitale en expansion, insalubrité, extrême densité. Robert Doisneau, inquiet et en colère, entreprend de venir une fois par semaine se plonger dans leur tourbillon pour tout voir, tout vivre, tout photographier. « Je me levais donc à 3 heures du matin, à Montrouge, pour me rendre là-bas, parmi les travailleurs de l'aube, ceux qui déchargeaient les camions, ceux qui mettaient la marchandise en place, explique l'artiste dans le livre de Peter Hamilton « Robert Doisneau, la vie d'un photographe ». Difficile à photographier : manque de lumière, réflexes ralentis par la fatigue, tellement d'images possibles ! Et puis c'était intimidant. Mais je me suis accroché. Je savais que cela allait disparaître. Je voulais absolument en fixer le souvenir. »
Son regard sur ces lieux hors normes est à la fois esthétique, sociologique, et même patrimonial. Il enregistre tout : la destruction des pavillons en 1971, les différents états du « trou », le chantier de reconstruction. Il va jusqu'à Rungis, pour comprendre et voir ce que ses amis sont devenus, et ne peut que constater la disparition, dans un univers de béton, de ce qui faisait l'esprit des Halles parisiennes.
Vidés de leur activité de destination, les pavillons Baltard et leur magnifique architecture métallique sont alors menacés : infatigable, Robert Doisneau photographie les arcs, les entrelacs, les transparences. Des images qui constituent aujourd'hui un magnifique témoignage sur ce patrimoine disparu.
Grégoire Amir-Tahmasseb
Doisneau, Paris les Halles, exposition gratuite à l'hôtel de ville de Paris jusqu'au 28 avril. Ouvert tous les jours sauf les dimanches et jours fériés de 10 à 19 heures.

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