Georges Delaw illustrateur sans frontière

Georges Delaw illustrateur sans frontière

Publié le dimanche 29 janvier 2012 à 12H00 - Vu 297 fois

Ardennes. Sedan et la province du Luxembourg belge rendent hommage dès avril et jusqu'en 2013 à Georges Delaw, « fils de l'Ardenne simple et rude », dessinateur, poète, illustrateur de presse, et figure attachante de la bohème de Montmartre.

Il y a un siècle, à Montmartre, Georges Delaw illustrait avec humour et tendresse des dizaines de recueils de chansons populaires, collaborait à de nombreux journaux parisiens. Mais pour beaucoup, son nom évoque aujourd'hui tout au plus une adresse à Herbeumont , en Belgique, ou à Sedan, les deux communes de son enfance. Injuste sans doute. « C'était un sensible, un discret. Delaw se mettait au service du texte sans rechercher la gloire » présente Jean-Paul Vasset, à l'origine des manifestations qui vont voir le jour cette année à Sedan et en Belgique.
Non que rien n'ait été entrepris jusqu'alors. Dans les années 80, Jony Villeneuve, Paulette Salmon et la Société d'histoire de Sedan avaient monté une exposition; la revue « Les Amis de l'Ardennes » lui ont consacré un numéro complet en 2003. Et l'année suivante, la médiathèque municipale de Sedan rendait hommage sur ces cimaises au tandem Jules Depaquit-Georges Delaw. Mais cette fois, il est question de braquer les projecteurs sur le trop modeste petit-fils du meunier d'Herbeumont, pendant plus d'un an. De le mettre en lumière et de le faire découvrir au grand public et notamment aux jeunes.
Les dictionnaires l'ignorent et l'encyclopédie en ligne Wikipedia, ne lui consacre qu'une rubrique succincte. Encore une injustice ! Henri Georges Deleau est né juste après le désastre de 1870, le 4 septembre 1871 à Sedan. Très précisément au café des Soquettes, fondé par son grand-père maternel, tout près de la Meuse et de la place Turenne.
Son enfance se partage entre Sedan et le village d'Herbeumont où son grand-père, meunier, possède un moulin au bord de la Semoy.
Cette Ardenne verdoyante et rude nourrira toute son œuvre, lui inspirant l'amour de la nature et la nostalgie de l'enfance. Même à Montmartre où il s'installe en 1893 avec son ami de collège Jules Depaquit, il ne cessera d'évoquer le massif ardennais et les méfaits du modernisme à ses yeux déjà trop envahissant.
Imagier de la reine
Très vite il rejoint les artistes qui animent les cabarets du Lapin Agile ou du Chat Noir et voit ses premiers dessins publiés dans le journal humoristique « La Vie drôle ».
Dès 1894 débute sa collaboration au « Rire ». Durant 38 ans, il offre aux lecteurs un dessin en couleur sur une pleine page, la dernière du journal. « Une page qui tranchait par sa fraîcheur et son esprit sur les rosseries des caricaturistes du temps à l'affût de l'actualité. Une page qui demeure pour nos contemporains un sujet d'émerveillement. Chacune d'elle est un petit chef-d'œuvre. » s'enthousiasmait en 1987 Paulette Salmon, ex-présidente de la Société d'histoire de Sedan dans La Revue du Pays Sedanais.
Ses dessins, dès lors signés « Delaw » se retrouvent aussi dans les colonnes de nombreux autres titres humoristiques et anarchistes. Il croque des faits divers, s'amuse des travers de la société et de ses contemporains, illustre des revues dont « La Grive » et participe au Salon des humoristes créé en 1907.
« L'imagier de la reine » comme il se surnomme, développe aussi ses talents d'écrivain.
Après la guerre où il transporte des munitions et se livre à des opérations de camouflage, Delaw revient s'installer sur la Butte, dessine ses propres ouvrages, ceux de grands écrivains, Anatole France, Francis Jammes, Jules Renard… Des éditeurs le sollicitent pour illustrer des contes de Charles Perrault, Hans Andersen, des ouvrages scolaires, des recueils de légendes ardennaises.
Il se révèle également peintre et décorateur. Signe les premiers décors de théâtre, des fresques pour le paquebot Aramis, pour de grands magasins, et pour la villa basque d'Edmond Rostand qui loue « la grâce de sa fantaisie ».
Toujours nostalgique de son Ardenne natale, Delaw collabore fidèlement à la revue « La Grive » fondée par Jean-Paul Vaillant. En 1934, il est atteint d'une attaque de paralysie. Quatre ans plus tard, le 8 décembre 1938, cet artiste ardennais à la fraîcheur d'âme inentamée, abandonne pour toujours ses crayons. Il a 67 ans et sera inhumé à Varennes-Jarcy. Dans un hommage à son ami, Jean-Paul Vaillant dit qu'il a puisé « toute sa vie dans ce vivier inépuisable qu'est la mémoire d'un enfant éveillé, dans ce tabernacle du folklore qu'était sa vieille Ardenne ».
Dominique Berthéas

L'union l'Ardennais