Publié le mardi 07 février 2012 à 11H13 - Vu 637 fois
Guidées par la passion, la vocation, le don ou l’ambition, les carrières artistiques se confrontent à la dure réalité des marchés. Les écrivains, plasticiens ou musiciens régionaux qui parviennent à percer n’échappent pas au précaire ou à l’éphémère.
Au début, un musicien prend sa propre voiture pour se rendre sur le lieu de ses concerts. Après, il prend un minibus, ensuite un bus, puis l’avion et enfin «son» avion. C’est le cas du DJ français David Guetta qui parcourt la planète avec son propre jet. En pleine crise du disque, le roi de la «dance» s’offre le luxe d’avoir vendu 3,45 millions d’albums dans le monde l’an passé. Il a été l’artiste français le mieux payé de France avec, selon Challenges, quelque 3,202 millions d’euros récoltés dont les deux tiers hors de l’Hexagone.
Champagne-Ardenne et Picardie ne sont pas encore riches de telles machines à cash. Mais pour la première fois, des musiciens percent à l’international, comme Brodinski ou Yuksek. Reconnu sur les scènes du monde entier, ce dernier tire bien son épingle du jeu. Mais il est loin de faire des étincelles en ventes de disque. A part de grandes exceptions, la scène est aujourd’hui le principal revenu des musiciens. Mais la course aux cachets et au régime d’intermittent peut s’avérer éreintante. Le téléchargement et le piratage n’ont pas - encore - révolutionné l’économie des écrivains. Mais pour joindre les deux bouts ou reconstituer un salaire perdu, il faut multiplier les sources de revenus. Rare sont ceux qui ont le luxe de rester le temps qu’ils veulent à leur bureau. Les plasticiens n’échappent pas à la règle. Ils doivent sortir de leur atelier, se faire connaître et se faire valoir pour vendre. La création n’échappe pas aux affres l’argent même si les créateurs disent volontiers ne pas s’y intéresser.
Dossier Julien Bouillé
Pôle Emploi : « Des demandeurs comme les autres »
Les artistes pointent aussi à Pôle emploi. « Ce sont des demandeurs comme les autres. Ils sont soumis à un suivi mensuel, sont convoqués régulièrement et l'on échange avec eux sur leur projet et leur recherche », explique Bruno Bellanger. Basé à Reims, cet agent de Pôle emploi supervise un fichier de 655 artistes du « spectacle vivant » et des « arts plastiques », inscrits en Champagne-Ardenne. Parmi eux, 301 bénéficient du fameux régime des « intermittents » du spectacle. Pour atteindre ce qui est synonyme pour beaucoup d'une professionnalisation, il faut avoir travaillé au moins 507 heures au cours des 319 derniers jours (304 pour les techniciens), soit environ dix mois. L'intermittent est soumis à un suivi plus souple. Il doit en fait « actualiser » sa situation chaque mois afin de vérifier s'il peut continuer à bénéficier du régime. Il perçoit des indemnités journalières, calculées selon une équation savante, afin de compenser la perte de revenu des périodes pendant lesquelles il ne travaille pas.
En Champagne-Ardenne, les indemnités journalières observées sont comprises entre 40 et 70 euros net. Sachant qu'une journée de Smic affiche 52 euros net, on a une idée du modeste revenu d'un artiste même « intermittent ». Pour Bruno Bellanger, les artistes ont intégré la prise de risque et la précarité. « Ils ont conscience que le chômage fait partie de leur activité. »
En Picardie, en comptant les techniciens, les demandeurs d'emploi du secteur culturel sont 1 627 dont 816 intermittents. Ils sont peu nombreux dans l'Aisne : 299 inscrits dont 174 intermittents. Dans ce département, les emplois les plus demandés concernent, dans l'ordre, la musique et le chant ; l'éclairage de spectacles ; les arts du cirque et les arts visuels ; la prise de son et la sonorisation.
Etudes du ministère de la culture / Le volume de travail profite à une minorité
Les artistes ne sont pas réputés pour être fans de chiffres mais la statistique s'intéresse eux. Une étude du ministère de la Culture, basée sur des données de 2008, nous apprend que sur 23 millions de personnes salariées cette année-là, 440 000 ont travaillé une heure au moins dans le secteur du spectacle : 250 000 dans le « spectacle vivant », 230 000 dans l'audiovisuel.
Les salariés du spectacle ont travaillé en moyenne 865 heures en 2008. La moyenne générale des salariés en France est de 1 470 heures. Les rémunérations sont dispersées : 12 % des salariés du spectacle vivant et 24 % des salariés de l'audiovisuel touchent plus de 30 000 euros net par an. Pour l'ensemble des salariés, la proportion est de 13 %. A l'inverse, 20 % des salariés du spectacle vivant ou de l'audiovisuel touchent moins de 2 000 € par an.
11 000 euros de revenus dans le spectacle vivant
Dans le spectacle vivant 5 % des salariés réalisent 22 % du temps de travail total et se partagent 32 % des rémunérations, chômage indemnisé compris.
Plus de la moitié des salariés ont plusieurs employeurs et 15 % en totalisent plus de cinq. Ces travailleurs sont largement pluriactifs et polyvalents.
Les salariés du spectacle vivant touchent en moyenne 11 000 euros par an, ceux de l'audiovisuel, un peu plus de 17 000 euros, la moyenne générale des salariés est de 14 000 euros.
Dans ce contexte, la part des indemnités chômage est importante dans leurs revenus généraux. Un peu plus de 130 000 salariés, sur 440 000, intervenant dans le spectacle perçoivent des indemnités de chômage.
Selon une autre étude du ministère, il y avait en 2005, 22 000 peintres, graphistes ou sculpteurs enregistrés à la Maison des artistes, organisme chargé de leur gestion administrative. La moitié des artistes ont déclaré moins de 8 290 € annuels de bénéfices non commerciaux. Les revenus sont très contrastés. « La moitié des peintres et des sculpteurs ont déclaré respectivement moins de 7 325 € et moins de 6 897 € en 2005, alors que la moitié des graphistes et des illustrateurs ont déclaré respectivement plus 15 950 euros et 13 296 euros », souligne l'étude.
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