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Flâneries / Xenakis à la conquête de Reims

Publié le jeudi 14 juillet 2011 à 08H14 - Vu 93 fois


Une rare émotion hier soir, pour certains une secousse !

Une rare émotion hier soir, pour certains une secousse !


REIMS (Marne). Quatre pièces maîtresses du compositeur grec, dont deux créations françaises, ont remué le public du centre des congrès.

XENAKIS chez nous… un événement ! Une rare émotion aussi… Pour certains, une secousse !….
Tout relevait, hier, de l'exceptionnel. Le lieu d'abord… La « nef » du palais des congrès qui, pour la première fois, accueillait un orchestre, dévoilant des qualités acoustiques insoupçonnées. Mais aussi l'intérêt d'un programme en tout point passionnant, révélant des œuvres magnifiques… les interprètes enfin, d'une envergure internationale, qui nous transportaient dans un univers de rêve digne du Théâtre des Champs-Elysées ou du Festival de Salzbourg. Voyez plutôt : Arturo Tamayo, chef d'orchestre espagnol, disciple et ami de Xenakis et l'un des plus authentiques interprètes de sa musique ; Roger Woodward, éblouissant pianiste, dédicataire et créateur de « Keqrops » en 1986 à New York sous la direction de Zubin Metha, et soliste de l'enregistrement Deutsche Gramophone sous la direction de Claudio Abbado… Benny Sluchin, tromboniste de l'Ensemble Intercontemporain de Boulez, et de l'Orchestre philharmonique d'Israël et… l'Orchestre national de Lille dont les qualités ont fait le tour du monde !….
C'est la version alpha de « Metastasis », celle pour grand orchestre, qu'Arturo Tamayo dirigeait hier soir, pour la première fois en France. Musique hors normes, sans doute, mais absolument captivante, qui ne laissa personne indifférent. Tension extrême des cordes enveloppant de conquérants glissandos, explosion des attaques, crescendos telluriques, mais aussi transparence des dialogues. Une musique « inouïe », bouleversante, mais immédiatement accessible à qui n'est pas statufié dans le passé…
L'ombre du concerto planait sur « Keqrops ». Un concerto aux fulgurances racées où soliste et orchestre opposaient leur personnalité dans un maillage tantôt délicat et serré, tantôt hostile et sauvage. En somme, les deux étymologies du concerto : fusion (consertare), ou affrontement (concertare)…Le toucher de Woodward fut aussi séduisant dans les envolées lyriques et les emportements dionysiaques de Xenakis que dans le contrepoint de Bach. Un grand seigneur du clavier !
Autre page avec soliste, « Trookrh » dont ArturoTamayo et Benny Sluchin donnaient la première audition. Chacun ressentait avec émotion le miracle d'une création, ce saut dans l'inconnu, tandis que se déployaient les festives arabesques d'un trombone léger et aérien, miaulant ici, ricanant là, puis subitement féroce et agressif, toujours dans une stupéfiante musicalité.
Pour conclure, on entendait « Lichens », vaste rétrospective symphonique créée en 1984. Tous les pupitres, toutes les techniques instrumentales y étaient déclinées, se fondant l'une dans l'autre par tuilage, procédé cher à Xenakis. Les clameurs de l'univers se répondaient, emportant l'auditeur dans leur souffle.
Tamayo, Woodwards, Sluchin, l'Orchestre de Lille… (et le public !) furent à la hauteur de l'évènement.
Certes, il en a toujours coûté d'être de son temps, mais quelle moisson en retour !

Francis ALBOU

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