Publié le jeudi 07 juillet 2011 à 07H39 - Vu 106 fois
Une interprétation sans faille, personnelle et audacieuse.
L'interprétation des œuvres de J.-S. Bach sur un instrument moderne tel le piano est toujours un exercice difficile. Ainsi, choisir de jouer l'intégralité du Premier Clavier bien tempéré est un choix éminemment audacieux de Roger Woodward.
La tentation de dédier cette carte blanche au Cantor de Leipzig peut cependant paraître assez naturelle. Il faut avouer que Bach est très inventif dans son écriture, notamment dans ses Préludes allant de la simple mélodie accompagnée (début du Prélude en mi mineur) en passant par des allures de cadences improvisées (Prélude en si bémol majeur), pour aller jusqu'à la véloce toccata (Prélude en fa dièse mineur). Les Fugues revêtent également une foule d'intentions par l'expressivité de leur thèmes.
Hier soir, l'exécution de Roger Woodward était à la hauteur de son projet. Dans un unique élan, le pianiste a interprété avec succès les vingt-quatre préludes et fugues qui composent l'ouvrage dans une salle quasi comble. L'interprétation était sans faille, personnelle et audacieuse : ornements délicats, grande gestion des plans sonores dans les fugues où les basses avaient un rôle de premier ordre, différences de timbres et de couleurs selon les tonalités, jeu non legato permettant de constater la mécanique et la technique implacable de l'interprète… en un mot : remarquable !
Le fameux Prélude en do majeur a naturellement ouvert le concert. Roger Woodward a proposé une interprétation mettant en valeur le chant des basses. Thématiques, elles ont conféré à cette pièce une dimension profonde que sa popularité a tendance à altérer. De ce prélude initial à l'ultime Fugue en si mineur dont le thème semble explorer les confins de la tonalité (n'est-ce pas, en quelque sorte, le défi que s'était lancé Bach ?), l'inventivité de l'interprète a pu se mesurer sur chaque pièce.
Exercice brillamment réussi pour l'artiste : Bach magnifié par quatre-vingt-huit touches et trois pédales ! Pendant près de deux heures de concert, Roger Woodward a su rappeler que le génie de Bach est intemporel.
Cécilia BAZILE
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