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Flâneries / Passion et émotion avec le Quatuor Talich

Publié le samedi 30 juin 2012 à 09H56 - Vu 74 fois


Christian LANTENOIS

Christian LANTENOIS


Le voyage des Talich nous menait d'ouest en est : Séville avec Turina, Ravel et Paris, puis retour au pays, Prague, avec Dvorak. Le célèbre quatuor n'a pas failli à sa réputation. Son éclectisme, sa musicalité, sa précision, sa générosité aussi, ne sont pas illusoires. Un son chaud, moelleux, d'une grande limpidité, qui fut préservé par la fine acoustique de la Salle du Festin…
L'« Oracion del torero » de Turina d'abord. Originellement conçue pour un quatuor de luths en 1926, cette Prière du toréro fit forte impression sous le feu des quatre archets, tantôt enflammés, tantôt suppliants. Les interprètes animaient les différents volets de cette rhapsodie virtuelle avec un insatiable appétit de couleurs, aiguisant finement leurs phrasés, verdissant par instants leur timbre généreux, pour mettre en scène les torrides humeurs de l'arène, de la violence à peine contenue, à l'angoissante prière du toréro, face à lui-même.

Séville puis… Paris, où, en 1902, surgissait le quatuor de Ravel. Une page essentielle de la musique française, fortement irisée des lumières de l'Espagne. Confiant dans leurs options esthétiques, conscients de leurs infinis moyens techniques, les Talich donnaient du chef-d'œuvre une lecture hédoniste où chaque détail instrumental était pensé, ajusté et parfaitement réalisé. Le second mouvement, notamment son épisode médian, était confondant de beauté, de même que le troisième où flottait un chant d'une noble et envoûtante expression. Le final, avec ses traits incandescents, dynamisés par la morsure des archets, n'en paraissait que plus particulièrement inspiré. Ajoutons que leur disposition, l'alto faisant face aux deux violons, apporte une meilleure expression concertante.

Les angoisses de l'artiste
Le quatuor opus 61 de Dvorak nous conduisait à Prague, chez les interprètes. Fruit d'une commande viennoise, ce quatuor, le 11e de la série, fut composé en 1881 alors que le compositeur affleurait la quarantaine. Page frémissante, de vastes proportions, elle laisse percer les angoisses de l'artiste face aux bouleversements politiques de son pays au sein d'un empire austro-hongrois déclinant. Passions, doutes, ombre et lumière alternent. Sont-ce les raisons qui le poussent à se réfugier dans une écriture noble et rigoureuse, qui n'est pas sans rappeler ici ou là Beethoven, et même Bach, notamment dans le poignant Poco adagio ? Les Talich ont totalement intégré ce message qu'ils transmettent avec un souffle ample et généreux et une véritable force communicative. On les voit toujours tournés vers le public, lui adressant en permanence l'offrande de leurs harmonies. Dans le bouillonnant final, ils ont donné libre cours à leur folklore, une vibrante skocnà (sauteuse) qu'ils ont chantée et rythmée… dans leur langue ! Eblouissant…
Deux bis, une pétulante page d'Erwin Schulhoff (disparu en 1942), puis le final du célèbre « Quatuor américain » (de Dvorak !) furent nécessaires pour apaiser l'enthousiasme du public.
Francis ALBOU

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