Publié le samedi 09 janvier 2010 à 01H00 - Vu 92 fois
LA forêt argonnaise est, aujourd'hui, devenue un terrain de jeu idéal pour les promeneurs, les chasseurs, et les cueilleurs de champignons à l'automne. Mais, il y a plus de 90 ans, cette terre a été abondamment arrosée du sang de milliers d'hommes. Qu'ils soient Allemands ou Français. Ces tueries successives ont laissé des traces. Des cimetières, des nécropoles nationales, les sites de mémoire sont très nombreux. Les troupes allemandes, stationnées dans le secteur de Binarville, ont leur cimetière. 1.111 corps de soldats tombés lors des différents assauts en Argonne.
Au premier abord, le site est particulièrement bien entretenu, à l'image de la plupart des lieux de souvenirs du secteur. Les croix de fer ne flanchent pas. Le sol est entretenu et délimité par un réseau de solides poteaux en ciment. A priori, le cimetière militaire allemand d'Apremont est très bien conservé.
Oubli ou vandalisme ?
À première vue oui. Mais le promeneur, qui va un peu plus loin que la simple zone où se trouvent les tombes, risque d'être quelque peu surpris. En effet, à plusieurs dizaines de mètres à l'est de ce cimetière, en plein bois, des stèles funéraires gisent. Impossible de distinguer un quelconque nom tant la mousse obstrue tout. Abandonnées, ces lourdes stèles de pierre, sont disséminées sur plusieurs dizaines de mètres, dans un rayon de 400 mètres autour du cimetière allemand. Mais d'autres indices laissent envisager des dégradations volontaires. Ainsi, dans l'angle nord-ouest de ce cimetière, on peut clairement constater qu'une stèle a été enlevée.
Où est-elle passée ? Pas de réponse. Un peu plus loin, et toujours dans cette zone de la nécropole, à l'abri des regards des automobilistes, se trouve un gros tas de feuilles. Un amas de végétaux dans les bois, rien de très original. Mais en fouillant un peu, on observe de nombreux fragments, des croix cassées.
Le mystère reste entier quant aux causes de ces dégradations. Pour les stèles qui se trouvent au beau milieu des bois, Yves Desfossées, conservateur régional du Patrimoine et spécialiste de la Première Guerre mondiale, a son explication.
Qu'il tire lui-même de ses travaux de recherches. « Le cimetière militaire allemand était beaucoup plus vaste au départ. En 1917 et 1918, les fosses communes s'étendaient sur une superficie beaucoup plus grande. Le cimetière qui demeure visible aujourd'hui n'est donc qu'une partie de la véritable nécropole. Et si la plupart des corps ont été rapatriés au sein du cimetière actuel, il reste des stèles dans un vaste rayon. »
Ce qui explique aussi pourquoi, sur les croix de ce cimetière allemand, deux noms sont gravés. Tout simplement pour gagner de la place.
Thomas DUPRAT
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