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Camp de Suippes A la découverte des villages disparus

Publié le dimanche 13 septembre 2009 à 01H00 - Vu 18 fois


Toutes les dix minutes un départ vers les villages disparus.

Toutes les dix minutes un départ vers les villages disparus.

Remi WAFFLART


«LES hommes se jettent dans la bataille, au-devant de la mort sournoise qui tournoie au milieu d'eux. Comme une vipère aux mille têtes », ajoute le soldat du 4e RIC Charles Tardieu. « Invisible et sifflante », précise encore le malheureux.

Nous sommes en septembre 1915, au lieu-dit La Main de Massiges. Dans un champ clos de 30 km sur 4 où s'affrontent Français, Alliés et Allemands pendant quatre années.

On y compte sept villages, jusqu'aux Monts de Moronvilliers. Tous détruits et jamais reconstruits.

Pour cinq d'entre eux néanmoins, des vestiges sont encore visibles au sein du camp militaire national de Suippes. Raison pour laquelle ce dernier organise régulièrement des visites. Dernière en date : ce samedi 12 septembre. Dix-huit bus spécialement affrétés. « Nous en avions huit l'an dernier », se rappelle le brigadier-chef Marchal du 40e RA de Suippes. Un nombre insuffisant, au regard de celui des visiteurs ne cessant de croître. « Sur les 2 500 personnes alors venues jusqu'ici, nous avions dû en refuser un cinquième. »

Dès 9 heures, les voitures affluent. Il faut faire la queue pour monter dans un bus ; et se faire une raison, en attendant le suivant.

« Bienvenue », lance l'adjudant Baudoin du 8e RMAT, dans le véhicule portant le numéro 7. « Nous allons vous conduire dans trois villages disparus : Le Mesnil-lès-Hurlus, Hurlus et Perthes-lès-Hurlus. Vous pourrez faire une halte dans chacun d'eux, le temps que vous le souhaiterez. Tout au long du circuit, vous trouverez des bus : il en arrive toutes les dix minutes, à chaque arrêt. »

Petit arrêt imprévu après avoir pénétré dans le complexe Symphonie (zone d'entraînement interarmes) : une meute de sangliers traverse la route, à la grande joie des passagers. Conséquemment animé, le voyage paraît plus court qu'il ne l'est. Le Mesnil-lès-Hurlus, tout le monde descend.

Sur les traces du grand-père

Les uns commencent la visite par les ruines de l'école.

Les autres par celles de l'église, autour de laquelle subsistent une dizaine de pierres tombales.

« C'est émouvant », déclare Claude, « ce sont des lieux de silence. La Bataille de la Marne, il n'y a pas, c'était… ». Il n'achève pas sa phrase, préférant se recueillir. Arrivent Annick et Claude. Caméra au poignet. « Nous sommes sur les traces du grand-père de mon épouse », raconte-t-il : « Léon Villedieu, mort pour la France le 7 avril 1915 à la ferme de Beauséjour. Apprenant que son fils venait de naître, il a quitté sa tranchée pour aller le voir. C'est alors qu'il a été tué, décapité par un obus. Venant spécialement de la Manche, nous venons d'apprendre que sa dépouille se trouvait dans l'un des nombreux ossuaires de la commune de Minaucourt ».

Un peu plus loin, Bernadette et Michel. « J'ai été militaire ici pendant des années, sans jamais avoir eu l'occasion de suivre la visite. Maintenant que je suis à la retraite, j'en profite. » Passionnés par la Grande Guerre, Paul et Lucien confient quant à eux venir tous les ans. « Nous glanons chaque fois de nouvelles informations. »

C'est qu'il y en a à apprendre, d'un champ de ruines à un autre.

Sophie BRACQUEMART


 


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