Publié le vendredi 25 novembre 2011 à 12H00 - Vu 232 fois
Georges au volant, Cabu passager : le goût commun des vieilles autos !
Ils ont 73 ans tous les deux et ont en commun d'aimer Trenet et les vieilles voitures. Ils ont surtout en commun une amitié unique qui dure depuis soixante 65 ans ! Georges Schmitt raconte Cabu…
Georges Schmitt, vous vous êtes connus comment avec Cabu ?
« Quand on était gamin, à l'âge de 12 ou 13 ans, on était scouts. Lui était au mouvement Cœurs Vaillants et moi aux Eclaireurs de France. Il arrivait qu'au niveau des relations scoutistes, il y ait des actions communes. Jean (Cabu) était chez les curés disons, et moi, chez les laïques. Au début, on ne peut pas dire qu'on était vraiment copains. Parce qu'il se foutait de moi, il m'appelait Gros Schmitt. Je faisais déjà 90 kilos. Lui, c'était un vrai haricot vert. On ne se battait pas vraiment mais enfin il y avait une petite agressivité. Et puis est arrivée l'époque du lycée Pierre-Bayen, qu'on appelait le grand lycée. C'est là qu'on s'est vraiment rencontrés. Il était en technique, moi, j'étais en moderne. Nos goûts communs pour le canular et la déconnade nous a fait nous réunir instinctivement. Et puis c'est là qu'on a fait du théâtre ensemble. On a joué du Supervielle, la pièce Robinson. Moi, j'étais son père et lui, il jouait Robinson. C'est marrant, je ne me rappelle pas de mes répliques, uniquement celles de Cabu : « Et cette petite fleur est là pour nous aider à nous comprendre… ».
C'était qui le plus déconneur des deux ?
« Je pense qu'on était à égalité. Disons que quand il fallait réaliser quelque chose, c'était plus lui l'artiste. Moi j'avais beaucoup d'idées, mais lui, c'était le réalisateur. En tout cas, Cabu, quand on était jeune homme, 17/18 ans, était toujours sapé comme un prince. Il étonnait tout le monde. Mais en fait, il faisait ses chemises en papier Canson. Il se faisait un plastron, un col à manger de la tarte, avec un énorme nœud de cravate qui le tenait et il avait toujours des chemises blanches impeccables. Le dimanche, il empruntait une mobylette, moi un vélo solex. On partait en costard et on faisait les fêtes de pays… »
Et il y a eu la période l'union dans les années cinquante.
« Enfin surtout lui avec ses dessins et puis moi, aussi un peu, car on était tout le temps ensemble. Il nous arrivait souvent de faire de la mise en page du journal. Le samedi soir, Jean-Marie Boeglin, le chef d'agence de l'union de l'époque, nous passait un appareil photo. On allait à la salle des fêtes et photographiait les filles en leur disant que c'était pour la sélection de l'élection de Miss Châlons. Mais en fait, y avait pas de pellicule. Là, on se marrait bien. On a fait des sacrées soirées. C'était l'époque des grands bals. Il y avait celui du cercle de l'épée à la Haute-Mère Dieu, celui des ailes Châlonnaises. Avec les filles, c'était terrible. Lui surtout, mais moi je ne me plaignais pas, j'avais quand même des retombées ! »
Le premier canular que vous ayez fait ?
« On s'est mis au boulot pendant quinze jours. Il y avait l'élection de Miss Châlons. C'était à l'époque où dans le journal il dessinait les aventures de Marie-la-Lune (ancienne clocharde qui se promenait avec un landau pour y mettre ses courses). On a pris du lino, il a dessiné Marie-la-Lune, pour faire comme une plaque d'imprimerie. Avec des gouges, on a dégagé tout. Il ne restait que le dessin. On a imprimé trois ou quatre cents tracts où on avait marqué : Election de Miss Châlons, votez Marie-La-Lune ! Toute une nuit, on a affiché ça dans les rues. Le lendemain matin, vous imaginez la tête des gens ! Les organisateurs n'aimaient pas trop : on critiquait leur truc. »
Et puis il y a eu ce fameux canular du Strasbourg-Paris à la marche où vous vous êtes fait passer pour de vrais coureurs en organisant un faux passage en tête de la course, devant le champion de l'époque !
« Celui-là, ça a été le plus gros. C'était en 1959. On l'avait organisé avec des gadz'arts. J'étais le coureur, Cabu était le ravitailleur en saucisson. Malgré toutes nos bêtises, les gens ont été mystifiés. Après, on nous en a voulu. Le président de l'association châlonnaise des sports de marche nous a critiqués en disant qu'on ridiculisait le sport. L'année d'après, on en a refait un autre. On s'est inscrit pour faire le rallye de Monte-Carlo avec le vélo-car Mochet. C'était de vraies voitures pour faire face aux pénuries d'essence pendant la guerre. Il y avait deux places, deux jeux de pédales. C'était pas un jouet. On s'est présenté au contrôle du rallye qui avait lieu face à la station essence de la place de la République. On disait qu'on était un équipage danois, Kahn Uhlar. Et en plus, on était un peu déguisé. Les organisateurs n'ont pas trop aimé non plus. C'était souvent dans ses permissions d'Algérie qu'on faisait ces canulars. Pour celui du Paris-Strasbourg, il est venu en fausse perm… »
Quels sont vos points communs ?
« Charles Trenet et les vieilles voitures. Pendant qu'il était en Algérie, Charles Trenet est venu à Châlons, au cirque donner un récital. Ce jour-là, il y avait quoi, cent personnes, au plus. Moi, j'y étais. Pour Trenet, c'était l'époque de son creux de la vague. Je suis allé le voir et je lui ai demandé une dédicace pour Jean. Je lui ai envoyé et il l'a toujours dans son portefeuille… Quant aux vieilles voitures, on en a eu cinq en tout : deux 5 CV Citroën, une vieille Opel décapotable, une petite Ford A et une B12 qu'on a retapé récemment. C'est avec la Trèfle, la 5 CV Citroën, qu'on partait en vacances. Je me souviens de l'achat de la Trèfle à Haussignémont. On avait vu l'annonce dans le journal. On s'est pointé et le gars nous a dit : mon père est en train de décéder. Mais je suis en train de lui vendre sa voiture. Alors, quand vous allez la prendre, ne faites pas de bruit. Vous allez la pousser pour qu'il ne l'entende partir, ça l'achèverait ! On a fait ce qu'il nous demandait. Mais ça nous a marqué : il aurait pu attendre ! »
Quel genre d'ami êtes-vous, par rapport à son métier ?
« Je suis complètement désintéressé. Je ne me permettrais pas d'intervenir. Par contre, je lui donne des idées parfois de dessins dans le Canard Enchaîné. On cause et puis parfois il me dit, celle-là, je vais la noter. Il vient toujours passer quelques jours chez moi. Ça le ressource. »
Vous l'avez déjà accompagné dans ses reportages ?
« Il est toujours en reportage. C'est pas difficile. Qu'on aille n'importe où, il a toujours son calepin. Il dessine tout le temps. On va souvent faire un tour au Der, parce que c'est un beau coin, eh bien il faut qu'il dessine ! Il n'arrêtera jamais. Pas à cause de l'argent. C'est un gars complètement désintéressé. L'argent n'est pas son but. Son but, c'est le dessin. Par exemple une fois, il a signé plusieurs séries de dessin sur verre. C'était des séries thématiques, une commande des Verreries mécaniques de Reims. Il aurait pu faire plein de pognon avec ça. Il n'a rien touché. Un jour, je lui en ai parlé. Comme j'ai la plume facile au niveau administratif. Je lui ai dit si tu veux on va s'en occuper, on va réclamer. Il m'a dit de laisser tomber. Il est complètement détaché des choses matérielles. Il peut se faire arnaquer qu'il n'en aurait rien à faire… »
Sa qualité première, humainement ?
« La gentillesse. Et il ne triche jamais. Il ne doit pas savoir ce que c'est que de mentir. Il n'a jamais su. Il a une certaine abnégation. C'est un gars extraordinaire. Et je ne l'ai jamais vu en colère. Je ne sais pas s'il a des ennemis, sauf peut-être ceux qu'il se fait avec ses dessins. Mais tout ce que je lis sur lui concorde avec ce qu'il est dans la vie : cet aspect d'étudiant éternel dont il a l'allure. »
Il aime vraiment Châlons ?
« Il y a des Châlonnais qui disent qu'il n'aime pas sa ville natale. Mais ce n'est pas vrai. C'est vrai qu'il aimait surtout le Châlons des années soixante et il en voudra toute sa vie à Degraeve qui a foutu le bordel au centre-ville. Il n'a jamais supporté qu'on ait construit à l'époque des choses aussi laides dans le secteur Notre-Dame. Qu'on soit catho ou pas, c'est quand même une architecture incroyable. Et puis il n'y a pas que ça ! C'est un coin qui est beau, le canal, les quais… »
Propos recueillis par Fabrice MINUEL
Cabu à la bibliothèque municipale répondra aux questions des Châlonnais à partir de 15 heures. Uniquement sur inscription au 03.26.26.94.30.
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Les dernières contributions
pifpaf
27/11/2011 à 14h40
Partage complètement l'avis de mbj51 et merci au organisateurs de cet évènement inoubliable, merci au prof de philo Bayen qui animait cette conférence (pardonnez moi j'ai oublié son nom) .
Je ne manquerai pas le prochain rdv .
mbj51
27/11/2011 à 00h18 | 1
Merci à Georges de nous faire partager ses souvenirs avec Cabu. Leur amitié a ensoleillé cet après-midi du 26 novembre à la BMVR. Un Cabu intemporel (malgré son succès, ses valeurs demeurent), un Cabu transgénérationnel, un Cabu à l'esprit pétillant et au crayon agile, un Cabu chaleureux pour les Châlonnais et généreux pour ses admirateurs. Remercions la BMVR pour avoir organisé ce moment d'exception. Souhaitons même qu'elle envisage de baptiser l'auditorium du nom de Cabu, un des plus populaires ados de Châlons qui continue à croquer si bien la ville.
BABAR 51
CHÂLONS-en-CHAMPAGNE
26/11/2011 à 15h20
Que de magnifiques souvenirs doit rappeler cet article à bien des châlonnais de vieille date!
Jean CABUT,alias K.Bu,puis Cabu,immortalisé par ses bandes dessinées,n'habite plus Châlons-sur-Marne(devenue Châlons-en-Champagne depuis 1997) depuis des décennies....
Et pourtant,il est resté Châlonnais de coeur et est toujours présent dans le coeur des Châlonnais!
Commentaires anonymes
26/11/2011 à 00h57
Rendez vous demain dans votre grande surface.
COLECTE ALIMENTAIRE.
BARIS Dominique
CHÂLONS-en-CHAMPAGNE
25/11/2011 à 23h05 | 1
Pendant le XIX° siécle et la première moitié du XX° siécle le Curé de l'Eglise Catholique et l'Instituteur de la République avaient la réputation d'être en constante opposition,alors même que l'un et l'autres avaient pour mission d'instruire les jeunes écoliers,que le Curé chez les Catholiques ou le Pasteur chez les Protestants catéchisaient!
Et le Prêtre catholique et le Pasteur protestant partageaient avec l'Institeur de la République l'enseignement de la morale,de la solidarité,vertu enseignée par les religions chrétiennes,juive et musulmanes!
Pour en revenir à l'article,il s'agit de 2 châlonnais,dont un châlonnais célèbre,amis depuis 65 ans s'étant connus suite à rencontres entre Scouts catholiques et un mouvement scout ne se référant à aucune religion!
Bel exemple d'entente et d'amitié entre 2 personnes transcendant les traditions!
Et les 2 amis opèrent un voyage dans le passé suscitant la nostalgie chez plus d'un Châlonnais!
Ah le bon vieux temps passe et les souvenirs restent.....