Benoît Sokal est venu discuter avec les Rémois Sa liberté n'a pas de prix

Benoît Sokal est venu discuter avec les Rémois Sa liberté n'a pas de prix

Publié le samedi 28 janvier 2012 à 12H00 - Vu 88 fois

À l'invitation d'un libraire, Benoît Sokal est venu dédicacer le 2e tome de Kraa, mais surtout discuter avec ses lecteurs.

CE n'était pas « sa vie, son œuvre », mais Benoît Sokal a pris le temps de répondre à ses lecteurs rémois, lui, le Marnais, à la librairie Rose et son roman. Un petit déjeuner très instructif avec un auteur marnais qui prend des risques. D'abord celui de se plonger dans le jeu vidéo, alors que « L'inspecteur Canardo » avait fait un tabac en BD.
« Tous les éditeurs voulaient se lancer, en 1993-94, dans le multimédia, c'était le grand mot. Le Cd-rom allait remplacer le livre. J'ai proposé d'aller plus loin, avec les jeux vidéos. En fait, j'ai eu le coup de foudre pour les images de synthèse après avoir vu « Jurassic Park ». c'était formidable, on pouvait y croire, adhérer à l'histoire. »
Du canard à l'aigle...
Benoît Sokal a connu une totale réussite, avec un jeu vendu à plus d'un million d'exemplaires. « Nous étions quatre ou cinq dans une cave, chez Casterman. C'était magique, avec un succès phénoménal ! Mais ensuite, j'avais perdu ma liberté. Les budgets ont été multipliés par dix, par vingt, les grosses boîtes de production mettaient beaucoup d'argent, donc les gens étaient moins sympas, plus nerveux… »
Lui qui dessinait depuis tout petit (« pas bien, mais tout le temps »), est donc revenu à son art de prédilection, la BD, « une industrie nationale en Belgique, comme le vélo ou le chocolat ». Gérard Lemarié, le philosophe, a cherché à comprendre ce virage assez étonnant. « Vous n'aurez jamais un million de lecteurs ! ». « Et alors ? » lui a lancé en réponse Benoît Sokal.
Le dessinateur avait choisi le canard comme premier « héros », « car je ne savais pas quoi faire ! J'ai voulu, en fait, parodier Columbo, car un de mes copains l'imitait. Oui, tout le monde me ramène à Canardo, mais c'est comme certains rôles pour les acteurs, ça me collera à la peau jusqu'à la fin ».
Comme il aime bien dessiner « des choses organiques », Sokal est passé du canard à l'aigle, dans Kraa.
« C'est un oiseau emblématique, plus valorisant qu'une pintade… Il résume, symbolise la nature. La topographie des lieux est imaginaire. Comme tous les dessinateurs, je fais envahir la ville, je veux la détruire pour revenir à des choses plus souples, une ville organique. »
Gérard Lemarié lui fera remarquer que l'aigle est violent, sans foi ni loi dans le tome 2. Ce sera carrément l'Apocalypse dans le tome 3 ? « C'est un peu ça ! Mais nous ne sommes pas dans Bambi. L'aigle est violent pour manger et défendre son territoire. »
Il faudra attendre 2013, voire 2014, pour découvrir la suite des aventures de Kraa. « Je connais la fin, le rythme des séquences. J'ai un peu de souplesse à l'intérieur de ces séquences. »
Pour mettre par exemple des scènes quelque peu « érotiques », comme dans le tome 2 ? Benoît Sokal répondra par un trait d'humour : « Vous me demandez si j'ai fait cela pour vendre 3 000 BD en plus ? Oui ! »
G.F.

L'union l'Ardennais