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Atelier Simon-Marq : l'art du vitrail de père en fils

Publié le dimanche 08 janvier 2012 à 12H00 - Vu 220 fois


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Avant sa mise en place définitive, le vitrail assemblé a rendez-vous  dans la grande verrière de l'atelier pour le découvrir à la lumière.

Avant sa mise en place définitive, le vitrail assemblé a rendez-vous dans la grande verrière de l'atelier pour le découvrir à la lumière.


Saga. A Reims, la maison Simon-Marq perpétue depuis des siècles une tradition ancestrale : l'art du vitrail. Une épopée de 371 ans qui a encore de bien belles heures devant elle. L'entreprise vient d'intégrer la société Fort-Royal et avec elle de nouvelles ambitions.

Douze générations de maîtres-verriers s'y sont succédé. L'atelier Simon-Marq est sans aucun doute une des plus anciennes entreprises françaises. A peine âgée de 371 ans, la maison est toujours aussi dynamique. Et s'il est peu probable qu'une treizième génération de Simon-Marq reprenne le flambeau, l'entreprise ne disparaîtra pas. L'entrée de l'atelier dans le giron de la société Fort Royal lui assure en effet un avenir prometteur. Retour sur une incroyable saga familiale rémoise.
Remontons le temps. 1640. Pierre Simon, signe un chef-d'œuvre de corporation en vitrail. « C'était un petit verre peint aux émaux, raconte Stéphanie Simon-Marq, la directrice générale de l'atelier depuis 1986. Une vraie merveille pour l'époque », ajoute-t-elle désignant le trophée bien visible dans la pièce maîtresse de l'atelier situé au 44, rue Ponsardin. « Il représente notre patrimoine culturel ». Pierre Simon a ouvert la voie. De père en fils, François puis Jean puis François puis Paul… se transmettent l'héritage d'un savoir-faire et d'une passion.
Pourtant ce n'est qu'au XXe siècle que la maison Simon-Marq acquiert ses véritables lettres de noblesse.
En 1917, la Première Guerre mondiale fait rage. « Jacques Simon est engagé sur le front, poursuit l'héritière actuelle de l'atelier. Blessé à l'épaule, il rentre chez lui. A Reims, les bombardements sont violents. Les bâtiments sont en danger, la cathédrale notamment. Sans hésiter, avec son équipe, il décide de déposer tout ce qui reste des vitraux de l'édifice. Simplement munis de corde et au péril de leurs vies, ils réalisent cet incroyable sauvetage, aidés des pompiers de Paris venus leur apporter leur soutien. Tout ce qui peut être sauvé est alors mis en caisse et placé en lieu sûr ». Un long et minutieux travail de restauration attend dès lors le maître-verrier. « Cette rénovation, Jacques Simon a pu l'effectuer grâce aux frottis à l'aquarelle que son aïeul, Pierre-Paul Simon, avait réalisés, ajoute la directrice. A la fin du XIXe siècle, Pierre-Paul Simon avait en effet commencé à faire tous les relevés des vitraux de la cathédrale du XIIIe siècle. Un travail colossal qui a réuni des milliers de témoignages et ont permis la restauration des dessins des fenêtres qui n'avaient pas pu être démontés à temps ».

L'activité relancée

Avec ce projet, Jacques Simon relance l'activité. « Avant lui, l'atelier avait connu des périodes de désaffection, reconnaît Stéphanie Simon-Marq. Le travail consistait en beaucoup d'entretien mais également en une activité de peinture et de papier-peint. Jacques a su donner un nouveau souffle dans la restauration et surtout dans la création. Aujourd'hui d'ailleurs, beaucoup de maisons rémoises ont dans leurs intérieurs des vitraux de cette époque signés Jacques Simon ».
Jacques Simon a deux enfants Luc et Brigitte. Si Luc semble prédestiner à reprendre la maison familiale, il préfère se consacrer à la peinture. Brigitte succède donc à son père. Elle entre à l'atelier en 1949. Son mari, Charles Marq a fait des études de philosophie. Il est aussi chef d'orchestre, amateur de musique de chambre et fervent amateur de peinture. Il ne connaît que peu de chose de l'art du vitrail. Aux côtés de son épouse, il en découvrira toute la magie.
1957 est une autre année charnière. Robert Renard, architecte des monuments historiques, est ami des Simon-Marq. Il les met en contact avec l'artiste Jacques Villon. Ensemble, ils vont « révolutionner » l'art du vitrail en faisant entrer dans le patrimoine religieux historique, le travail de grands peintres contemporains. Jacques Villon ouvre la voie à la cathédrale de Metz. Il dote la chapelle du Saint-Sacrement, située sur le côté sud de la nef (1956-1957) de cinq verrières à thème eucharistique, exécutées par Charles Marq.

La marque Chagall

C'est le même Robert Renard qui met en relation Charles Marq et Marc Chagall. A l'époque, Marc Chagall n'est pas très satisfait du travail accompli à l'église du plateau d'Assy. Il accepte de rencontrer le Rémois. « La connexion s'est faite aussitôt, remémore Stéphanie Simon-Marq. Chagall avait une grande affection pour Charles. Il l'appelait, « mon petit Charles ». C'était son fils spirituel ».
Le peintre dépose ses valises trois ans durant dans l'atelier. L'aventure avec Chagall qui a commencé en 1958 se poursuit jusqu'à la mort de l'artiste en 1985.
Joan Miro, Georges Braque, Fujita, Raoul Ubac… la liste des artistes associés à l'atelier est impressionnante.
Benoît Marq, le fils de Charles et Brigitte entre à l'atelier en 1973. En 1981, il en reprend les rênes et dirige l'entreprise avec sa femme Stéphanie qui en devient, en 1986, directrice générale.
Entourés des compagnons, tous deux poursuivent la tradition familiale avec en parallèle un travail de restauration de grands ensemble de vitraux du XIIe au XVIe siècles des cathédrales de France, la création personnelle et la réalisation de vitraux de peintres : Vieira Da Silva, Raoul Ubac, Diana Schor… Les créations se suivent comme à l'église de Villenauxe-la-Grande dans l'Aube (200 m2 de vitraux réalisés) où à celle de Le Chesne dans les Ardennes…
Aujourd'hui, la maison a choisi un nouveau tournant. « Nous avons deux filles, je ne pense pas qu'elles reprendront le flambeau, constate sans amertume Stéphanie Simon-Marq. C'est un métier fascinant mais difficile. Une des deux pourrait peut-être y travailler… un jour, nous verrons ».
Sans une treizième génération pour assurer la filiation se pose alors la question de la pérennité de l'entreprise. C'est sans compter sur la bonne étoile de l'atelier. L'opportunité frappe à la porte en juin 2010. La société Fort-Royal, nouvellement créée, cherche à regrouper sous une même bannière des artisans d'art d'exception. Objectifs : consolider les entreprises, mettre l'accent sur la transmission des savoirs, enrichir les équipes et développer l'activité au niveau national et international. « C'est arrivé à bon moment, tout simplement, ajoute Stéphanie Simon-Marq. Bien sûr, nous nous sommes posés beaucoup de questions avant de nous lancer dans cette nouvelle aventure. Cependant, nous avons vite compris que c'était une occasion qu'il fallait saisir pour assurer notre avenir. Et sans aucun doute, une vraie chance ».

Catherine Tellier
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