Publié le vendredi 25 septembre 2009
Pour ces jeunes, porter du Lonsdale, c'est braver l'interdit, sans forcément comprendre ce que les néonazis ont fait de cette marque.
Karen KUBENA
DEPUIS la rentrée scolaire, une dizaine d'élèves, garçons et filles, des classes de 4e et 3e du collège du Blanc Marais de Rimogne, rencontrent quelques problèmes, à cause de leur tenue vestimentaire.
À plusieurs reprises, ils s'y sont présentés, ensemble ou séparément, avec des tee-shirts, des sweats, des polos, des débardeurs ou des blousons estampillés « Lonsdale » ou « Pitbull », deux marques qui sentent le souffre, depuis que les néonazis, les skinheads et autres hooligans européens les ont choisies - entre autres - comme un signe de ralliement.
Tolérance zéro
Pour ce qui est de « Pitbull », tout le monde comprend. Pour ce qui est de « Lonsdale » c'est plus subtil, mais il suffit de surfer sur Internet pour trouver l'explication, à savoir qu'une certaine jeunesse facho, d'Allemagne et des Pays-Bas notamment, a remarqué qu'en masquant les premières et dernières lettres de Lonsdale, NSDA évoque aussitôt le parti « National Sozialistiche Deutsche Arbeiter » d'Hitler ! D'où l'engouement…
D'où ce qui se passe, par contrecoup, dans l'enceinte du collège de Rimogne, où le principal Alain Michnik, la conseillère principale d'éducation, Stéphanie Videloup, le directeur adjoint de la Segpa, Philippe Gonçalves et avec eux tous les enseignants et assistants, la jouent tolérance zéro, en interdisant le port de ces vêtements « marqués », dans l'établissement, car « on ne joue pas avec des symboles de ce type ». Certes, cela ne concerne qu'une dizaine de cas sur quelque quatre cents élèves. Et, en zone rurale, leur collège est plus à l'abri des dérapages racistes, qu'en zone urbaine ou en région parisienne, « mais c'est bien pour cela qu'il faut être vigilants », argumente Alain Michnik.
Une conviction qui tient à son humanisme, mais qui s'appuie aussi sur la loi de 1905 sur la laïcité, sur celle du 15 mars 2004, concernant le port de signes ou de tenues ostensibles dans les écoles, collèges et lycées et, plus généralement, sur le code de l'éducation, relatif à la mission de l'école dans la transmission des valeurs de la République.
Pas de place pour le prosélytisme
En conséquence, les collégiens qui, par bravade adolescente, plus que par engagement idéologique, ont tenté, à plusieurs reprises, ces dernières semaines, de défier l'équipe enseignante, se sont heurtés à son intransigeance. Et quand la force de la conviction n'a pas suffi, Stéphanie Videloup a autoritairement collé sur les marques, sur les poitrines ou dans les dos, de larges bandes de sparadrap noir.
Ou bien leur a imposé d'enfiler, par-dessus, des tee-shirts du conseil général ou de la prévention routière, qu'elle avait en réserve. Du coup, ils ont fini, bon gré mal gré, par renoncer…
« Leur pensée leur appartient et nous la respectons, mais dans le collège il n'y a pas place pour le prosélytisme, l'embrigadement ou le sectarisme. Nous sommes là, au contraire, pour apprendre à ces jeunes à s'en prémunir », martèle Alain Michnik, qui a d'ailleurs impliqué les parents des élèves en question dans sa démarche éducative, la plupart d'entre eux étant tombés des nues, car ignorant tout des codes vestimentaires de leurs rejetons.
G.G.-M.











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