Publié le dimanche 28 octobre 2012 à 11H26 - Vu 154 fois
Voilà un village qui porte bien son nom. En automne, lové dans son écrin de feuilles rousses, Beaulieu- en-Argonne mérite un détour sur les traces de l'ancienne abbaye.
AU cœur d'une des plus grandes forêts de France, le village de Beaulieu est perché sur un promontoire de la bordure sud de l'Argonne. Il surplombe les plaines du Barrois, de la Champagne et des Ardennes. Parmi ses trésors, il recèle les vestiges d'un ancien monastère disparu à la Révolution.
Beaulieu-en-Argonne fut fondé en 642 par un moine d'origine écossaise nommé Rodingue. La légende rapporte que celui qu'on nomme saint Rouin, désireux de solitude, avait choisi de s'implanter en peine forêt d'Argonne.
Avec quelques compagnons, il avait édifié une cabane et défriché les alentours. Le maître de la seigneurie voisine, Austrasius, le fit expulser par ses hommes d'arme. Après une période d'exil, Rouin revint, lui pardonna et guérit le méchant seigneur et sa famille de maux étranges. En remerciement, il lui offrit Vaslogium et sa forêt.
Brûlée et pillée
Rouin établit au village un monastère prospère dans un environnement barbare. Dix-huit villages doivent leur naissance aux défrichements opérés par les moines de Beaulieu, dont le domaine seigneurial, ayant titre de comté, s'étendait sur une surface de douze lieues, et composait un bailliage ressortissant à Châlons et de là au parlement de Paris.
Exaspérés d'être pillés par le comte de Bar, c'est auprès du Parlement que les moines se tournèrent à la fin du XIIIe siècle. En appelant le roi de France sur les frontières du Saint-Empire, ils donnèrent lieu à une guerre qui se termina en 1301 par un traité dans lequel le comte Henri III fut contraint de reconnaître la suzeraineté de Philippe-le-Bel sur toute la partie du Barrois située à l'occident de la Meuse.
Brûlée et pillée, l'abbaye n'était pas encore sortie d'affaire. S'ouvrit alors la période des catastrophes successives, celles des bandes armées de pillards, ceux d'Arnaud de Cervole, des « écorcheurs » qui envahissaient la contrée. Les Huguenots pillèrent l'abbaye et la brûlèrent. Elle passa alors de mains en mains, dont celles du seigneur de Passavant. Après des efforts de reconstruction, une nouvelle destruction par des protestants venus d'Allemagne, les moines se retirèrent à Brizeaux, où ils menèrent une existence sans règle ni discipline.
11 siècles et demi d'existence
La fin du XVIe siècle verra une reprise en mains par la hiérarchie religieuse des couvents et monastères. Les religieux de Saint Vanne de Verdun prennent possession des bâtiments et des terres, l'église abbatiale est reconstruite, de même que la chapelle de L'Ermitage.
Le brigandage amène la terreur et la peste. En 1643, un « gouverneur de Beaulieu » nommé par Richelieu saura gagner l'affection des moines et continuer l'œuvre de reconstruction. En 1709, les religieux viennent au secours de la population menacée par la famine, avant de subir les excès du terrible major hollandais Growenstein, en raid derrière les lignes françaises et qui, heureusement, ne fera que passer en courant à Beaulieu.
A la Révolution, même si les cahiers de doléances ne transmettent que des vœux modérés du peuple, la Constituante s'empare des biens du clergé et des communautés religieuses.
L'abbaye va disparaître après 11 siècles et demi d'existence. Terres et fermes sont vendues, les 1 600 hectares de bois deviennent propriétés de l'État. Les édifices sont démolis, les pierres récupérées par les habitants des communes voisines. On retrouve les stalles des moines dans l'église d'Autrécourt, l'autel et le baldaquin dans celle de Jubécourt.
Les digues des 15 étangs seront détruites. Le reste du foncier sera vendu et devient propriété des habitants de Beaulieu et des villages voisins. On peut encore voir quelques bâtiments des communs de l'abbaye.
L'un d'eux abrite l'exceptionnel pressoir du XIIIe siècle, sauvé une première fois par les habitants qui l'utilisaient en même temps que les moines et en 1921 par le Président Poincaré lui-même, à la demande de l'institutrice du village.
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