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1943-1962 / L'épopée d'un aviateur canadien

Publié le samedi 06 août 2011 à 10H28 - Vu 64 fois


À Vitry, le colonel Ojilvie est heureux de retrouver Pierre de Paep.

À Vitry, le colonel Ojilvie est heureux de retrouver Pierre de Paep.


VITRY-LE-FRANCOIS (Marne). CE n'est pas une histoire belge ! Enfin pas tout à fait. Elle est franco-canadienne par le courage d'un ancien combattant belge de la Grande Guerre installé à Vitry-le-François et dont le sang-froid ce jour de mars 1943 a été exemplaire. Au retour d'une mission de bombardement sur la zone industrielle de Stuttgart, un bombardier de la RAF dont l'équipage de sept aviateurs comprend le sous-lieutenant Hallen Ojilvie, 22 ans qui en est le navigateur, est touché par le flak allemande (DCA) entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier.
Un incendie se déclare à bord de l'appareil et ordre est donné à tous de sauter en parachute. Ojilvie se retrouve quelque part en Haute-Marne. Comme il n'est pas blessé, il choisit de marcher en prenant la direction de l'Ouest. Pour lui il n'est pas question d'être fait prisonnier. Il veut continuer à se battre et retrouver la Grande-Bretagne au plus vite.
S'il est motivé, il se doit d'être méfiant pour éviter les patrouilles à la recherche des aviateurs dans la zone du crash. Il se met à l'abri dans les bois progresse difficilement. La faim et la soif le gagnent et il commence à avoir sérieusement mal aux pieds.

Affamé et fatigué


Il repère bientôt un canal qu'il longe en empruntant le chemin de halage. Il arrive dans ce qu'il estime être une petite ville et ne cherche pas à s'en écarter. Il est au bord de l'épuisement. Il aperçoit alors un petit café qui ne semble pas fréquenté et y tente sa chance. Or, il ne parle pas un mot de français. Pas très sûr de lui il s'adresse à la dame qui tient l'établissement : « to drink, to eat » (A boire et à manger).
Comme elle ne comprend pas ce qu'il lui demande, elle pense d'abord à un Allemand en goguette mais, à force de signes, elle comprend qu'il s'agit d'un aviateur allié. Elle décide de téléphoner à son mari qui travaille dans une société vitryate comme mécanicien sur péniche. Il a beaucoup navigué par le passé et a de bonnes notions d'anglais ! Lorsqu'il voit la tenancière décrocher son appareil, l'officier croit qu'elle va le dénoncer aux Allemands. Il prend la fuite en claudiquant, tant ses pieds lui font mal.

Disparu et retrouvé


Lorsque Pierre de Paep arrive à vélo, « L'Anglais » a disparu. Il décide de partir à sa recherche. Bientôt, il l'identifie continuant sa route sur le chemin de halage. Il le met en confiance et le cache dans une péniche en réparation. Le lieutenant peut boire, manger et soigner ses ampoules impressionnantes. À la nuit tombée, un drôle de convoi de bicyclettes quitte Vitry-le-François pour rejoindre Blaise-sous-Arzillière. Pierre de Paep et ses fils Charles et Henri conduisent l'aviateur canadien chez M. Berlie un autre cafetier. C'est de cette manière qu'Hallen Ojilvie intègre une filière d'évasion. Il passe par Paris, gagne Toulouse puis franchit la frontière pyrénéenne et atteint Gibraltar. Il n'a plus qu'à être rapatrié en Angleterre pour reprendre sa place dans un équipage quelques mois plus tard.
Un temps d'amitié
Après la guerre, l'officier rentre à Ottawa sa ville natale, se marie et fonde une famille. Il entretient une correspondance avec ses sauveurs. Comme il a choisi de rester dans l'armée de l'air canadienne, il se voit confier en mars 1962, alors qu'il est désormais colonel, une mission à l'état-major allié de Fontainebleau. Il se promet de faire une visite surprise à Vitry-le-François. Il tient son engagement.
Pierre de Paep est ravi et ému comme le sont ses amis du secteur, également récompensés pour leur courage par la RAF Escaping Society de Londres mais aussi par l'Office of the Military Attache Embassy of the USA. 0jilvie retrouve aussi M. Berlie et un habitant de Bassuet M. Piette. Il peut alors leur raconter en détail toute son aventure.
C'est un grand moment de fraternité combattante et un moment privilégié d'amitié partagée. Pierre de Paep n'a-t-il pas été un soldat valeureux de la Première Guerre mondiale en Belgique, très décoré pour sa bravoure avant de rendre des services éminents à la résistance vitryate et de prendre des risques pour sa famille ? Entre la Marne et le Canada des liens déjà anciens sont renoués. On évoque même Jean Talon, c'est dire ! Bref, un bien bel épisode qui nourrit la Grande Histoire.

Hervé CHABAUD

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