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Quand un ingénieur se passionne pour le vin et la vie

Publié le jeudi 17 novembre 2011 à 12H00 - Vu 247 fois


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Deux tiers des parcelles sont accessibles aux enjambeurs,  un tiers est

Deux tiers des parcelles sont accessibles aux enjambeurs, un tiers est


BASLIEUX-SOUS-CHATILLON (Marne). Les pesticides, engrais ou OGM sont bannis des parcelles de Franck Pascal et les vinifications du même tonneau. Cet ingénieur veut de l'authentique dans la bouteille.

EN Champagne, chaque vigneron (ou chaque maison) a ses particularités et ses secrets de vinification. De parcours atypique et quelque peu visionnaire, Franck Pascal est revenu sur le domaine familial de Baslieux-sous-Châtillon à la suite de la disparition tragique de son jeune frère Jérôme, le jour même de ses 18 ans. Jérôme devait prendre la suite du père. « J'ai appris que la vie humaine n'a pas de prix » dit-il. C'est aussi pour ça qu'il cherche à préserver au maximum la vie qui s'installe dans ses vignes, comme celle de ceux qui travaillent avec lui ou même des consommateurs du produit de ses soins.
C'est après avoir fait son service national dans le Génie en 1995 et y avoir appris l'action des toxiques de combat sur l'homme qu'il a voulu suivre une formation pour comprendre comment travailler la vigne. « Dans le Génie, mon rôle était d'apprendre aux compagnies de combat ce qui les attendait sur le champ de bataille. J'y ai appris les toxiques de la guerre bactériologique ». Ce qu'il nomme les « toxic weapons » : des molécules qui pénètrent dans l'organisme et vont bloquer les processus vitaux, dit-il.
En 1996-1997, il entreprend des études viticoles en formation adulte au CFPPA d'Avize.
« Je me suis alors rendu compte que ce qu'on utilise dans les pesticides est de la même famille que ce qu'utilisent les militaires, même si les proportions sont réduites, forcément » !.

Un engouement du monde entier


Il a, pour s'exprimer, un domaine de 4 hectares, d'encépagement à 70 % de meunier, 23 % de pinot noir et 7 % de chardonnay. « Mon grand-père était président de la coopérative du village. Mon père a démarré dans cette structure, qu'il a quittée dans les années 80 lorsqu'il est devenu récoltant-manipulant ».
Dès 1998 il supprime les insecticides, les désherbants, les engrais et les anti-botrytis. Dès la première année, le pari est réussi sur une parcelle de pinot noir. Il déploie alors ces méthodes de culture sur tout son vignoble. En 2002, son domaine voit ses premières préparations biodynamiques. « La biodynamie est une culture biologique améliorée par l'application de soins énergétiques ».
Ses champagnes commencent à avoir une certaine renommée et provoquent un engouement depuis 2003. La semaine dernière, il recevait encore des sommeliers parisiens. Il voit aussi défiler des cavistes des Etats-Unis, de Suède, d'Espagne et bien sûr de France qui s'intéressent à la qualité de ses vins. « Ce sont des vins de belle personnalité, précis, purs, des vins de terroir ». Un terroir constitué d'argile à calcaire, d'argile à silex et d'argile à terre meulière. Ce qui est difficile à obtenir sur ces terrains, c'est la finesse, l'élégance et la minéralité, à cause des forts taux d'argile. « Dès lors qu'on utilise de l'engrais sur de l'argile, les racines vont puiser leur nourriture dans les argiles. mais si on limite la quantité des fertilisants, on oblige la vigne à aller chercher dans la roche ». Cela donne des vins avec une tension que l'on n'a pas d'habitude.
« Les raisins se structurent différemment, n'ont pas le même goût, ce qui va leur donner une autre personnalité après vinification naturelle, pour ne pas perturber cet équilibre ».
Cela se traduit par 30 000 bouteilles par an de plusieurs cuvées. Deux vins non millésimés, un champagne blanc « Reliance » et un champagne rosé, « Tolérance ». « Il y a une philosophie dans ce qu'on fait. J'aime que ça apparaisse dans les noms ».
Trois millésimes sont commercialisés, une cuvée « Prestige », un tiers de chaque cépage. Et deux millésimes 2004, « Harmonie » et « Quinte essence ». Quinte est pour Franck Pascal un accord unique qui structure la partition et fait référence au travail du vigneron, qui répartit différentes essences pour créer un vin le plus précis possible, de l'attaque à la finale ». « Essence », parce que les arômes au sens parfumé du terme, sont fruités et minéraux ».
Les coûts de revient sont élevés. « Nous, on est dans l'esprit de faire du vin avec des bulles dedans, plutôt que du champagne comme la plupart des gens le recherchent : quelque chose avec des bulles pour s'amuser. Je suis pour une vraie expression minérale, et des champagnes d'amateurs de vin. Je suis passionné de vin : ça m'ennuierait de faire des choses classiques ». Un profil qui fait des jaloux. Les vignes de Franck Pascal ont été plusieurs fois vandalisées. La dernière fois, en juillet 2011, il a même porté plainte.

Fabienne NOUIRA-HUET

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