Publié le mardi 07 février 2012 à 11H36 - Vu 1711 fois
Quatre millions de cols brisés dans des caves.
On appelle cela un accident industriel. Une vingtaine de vignerons et quelques négociants (les grands opérateurs ne sont pas concernés) ont été les victimes d'une casse de cols. Quatre millions de cols en tout. En préambule, faut-il encore évoquer que ces bouteilles en verre allégé n'étaient pas commercialisées puisqu'encore en état de vins sur lattes. Provenant de l'usine Avintes (près de Porto) du leader verrier portugais BA Vidro, ces fournitures ont été livrées en fin d'année 2010 et courant 2011 pour des tirages s'échelonnant entre janvier et juin 2011.
C'est une lettre provenant de BA Vidro datant du 25 août qui alerte la filière en indiquant qu'une certaine catégorie de bouteilles « pourrait présenter des problèmes après embouteillage. » Les mots sont concis tout en restant très sobres. Quelques mois plus tard, l'addition est très lourde puisque près de 4 millions de cols sont concernés.
Selon un rapport d'expert datant du mois de septembre : « La prise de mousse se déroule normalement mais des casses significatives apparaissent courant avril, alors que la prise de mousse était terminée depuis plusieurs semaines. Ces casses surviennent principalement dans des tas de bouteilles. Des casses sont également observées dans des palettes, mais les pourcentages de casses sont généralement moindres. »
Ainsi dans un tas de plus de 28 492 bouteilles, le taux de casse atteignait 39 %, soit plus de 10 000 bouteilles. Dans l'un des tas d'un autre négociant, la casse est actuellement estimée à plus de 50 % sur un total de 47 320, soit plus de 23 000 bouteilles. C'est très loin du taux de casse maximum toléré en Champagne qui est d'une bouteille sur 10 000. Si à l'automne, BA Vidro semble avoir du mal à trouver une cause à cet accident, ni le fabricant, ni son assureur, ni ses avocats, ni ses experts n'ont encore accepté de reconnaître leur responsabilité.
Contacté pour une explication par écrit juste avant le VITeff, BA Vidro n'a pas donné suite à nos questions sur ce dysfonctionnement. Juste une invitation à se rendre au Portugal pour visiter leurs différents sites.
Mauvaise résistance des bouteilles allégées
Toujours au moins de novembre, un autre expert écrit dans son rapport : « Le constat concernant la réalité du sinistre est ici effectué en fin d'opération de prise de mousse. La plupart des casses sont donc liées à une mauvaise résistance des bouteilles BA Vidro allégées. » Pour ce spécialiste, la cause peut-être expliquée par une mauvaise répartition d'épaisseur de verre, plus particulièrement au jable (partie inférieure du flacon). Il rappelle d'ailleurs que c'est dans cette partie des bouteilles que les contraintes verrières sont maximales, d'où la maxime des producteurs verriers : « en bouteille champenoise, il faut mettre du verre au jable et au fond ».
Il n'en reste pas moins vrai que les victimes se retrouvent face à des pertes sèches (on évoque pour certains près de deux millions d'euros) et des dégâts considérables. De quoi commencer à évoquer des procédures judiciaires lourdes. Ainsi la Direction régionale de la concurrence, de la consommation du travail et de l'emploi (Direccte), l'INAO, des assureurs et des représentants de la firme portugaise se retrouvent à la même table. On évoque là une procédure européenne dite « Rapex ». Le principe de précaution à l'égard de la filière. De quoi faire très peur… sauf qu'aucun des cols n'est commercialisé et donc ne peut être soumis à ce type de décision.
Sophie Claeys-Pergament
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