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Un tour avec un transporteur de betteraves

Publié le samedi 06 décembre 2008 à 01H00 - Vu 72 fois


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Bruno passe sur la balance et note le poids de sa cargaison.

Bruno passe sur la balance et note le poids de sa cargaison.


IL est bientôt 14 heures et sur le parking de la sucrerie de Connantre, trois colonnes de camions attendent le feu vert pour pénétrer dans l'usine. Les chauffeurs en poste l'après-midi s'apprêtent à démarrer leur journée.
En première ligne, Bruno. Ce routier, qui vit à Châlons, a fait sa première saison de la betterave en 1992. De septembre à décembre, il travaille pour la sucrerie et passe la semaine dans son camion, du lundi au samedi.
« Je termine mes journées autour d'une heure du matin, faire 140 km aller-retour pour rentrer chez moi, c'est trop long. » Il vit seul et ne se plaint pas de dormir dans sa cabine. Il a ramené son ordinateur portable et se douche au foyer des travailleurs.
Les nuits dans le camion
« Hier, je suis arrivé trop tard pour vider ma cargaison, donc c'est la première chose que je vais faire aujourd'hui », explique-t-il. « Là, je suis en pôle position, si tout le monde est courtois, on laisse passer ceux qui sont arrivés avant nous. »
Pesée, échantillonnage, puis déchargement. En moins de 15 minutes, les camions sont sortis de l'usine. Les chauffeurs sont autonomes et ne croisent personne. Ils savent ce qu'ils ont à faire.
Par le passé, ils étaient payés à la tâche, ce qui pouvait les conduire à des imprudences, ce n'est plus le cas. « On ne nous demande pas de courir, mais si on fait moins de tours que d'autres, on nous fait des remarques. »
Les tours, ce sont les allers-retours entre les tas et l'usine. Certains routiers vont jusqu'en Seine-et-Marne et n'en font que deux ou trois par jour. Notre Châlonnais travaille dans le secteur de Villenauxe-la-Grande et en fait six ou sept.
« Chaque camion est assigné à une pelle qui charge plusieurs tas d'un même secteur. Nous communiquons avec son conducteur qui nous dit où nous rendre. »
Pour le chargement, Bruno avoue que le conducteur de la pelle remplit la benne « à l'œil ». « Avec 18 godets, on est à peu près plein mais le poids total du camion ne doit pas excéder 44 tonnes. »
Parfois la Drire (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) effectue des contrôles à la pesée.
« On risque l'amende en cas de surpoids alors que c'est la pelle qui gère le remplissage. Nous, nous n'avons aucun moyen de peser au milieu des champs. »
De moins en moins lucratif
Et la campagne, ça n'a évidemment rien à voir avec les zones industrielles : pas de machine à café pour patienter, et parfois pas de routes goudronnées.
« Il arrive qu'on s'embourbe, on se fait câbler et la pelle nous tire pour nous aider à repartir », raconte Bruno.
Il croise un de ses collègues qui revient du tas où il doit se rendre. Et justement, le travail s'annonce ardu, « ça sent le câble ! ».
La saison de la betterave perd de son intérêt pour les routiers. « Avant c'était lucratif parce qu'on pouvait faire plus d'heures. Maintenant, c'est plus strict, on ne gagne pas beaucoup plus que sur les autres tâches. On garde tous les inconvénients, les horaires, les conditions de travail et l'impossibilité de rentrer chez soi, sans garder les avantages. »
Rémi Havyarimana

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