Publié le mardi 07 février 2012 à 12H00 - Vu 225 fois
Hier, l'armée a de nouveau bombardé Homs, haut lieu de la contestation en Syrie.
Installé dans le pays vitryat, un pharmacien de 56 ans d'origine syrienne suit la vague de contestation du régime de Bachar el-Assad avec attention. Son frère jumeau a été enlevé en 1982. Il ne l'a plus jamais revu.
«C 'EST frustrant. On veut aider le peuple mais on ne peut rien faire… » Dans le pays vitryat, Pierre, 56 ans, pharmacien d'origine syrienne, regarde impuissant les images de bombardements qui déferlent à la télévision et sur Facebook.
Hier, l'armée a de nouveau bombardé Homs, haut lieu de la contestation en Syrie, après une offensive d'une violence inédite dans la nuit de vendredi à samedi dernier. Ce bombardement survient après le veto sino-russe à l'ONU contre une résolution condamnant la répression par le régime de la révolte populaire en Syrie. « Je suis quasiment en temps réel ce qui se passe là-bas. Mais des fois, j'arrête parce que c'est trop dur à regarder… », confie le pharmacien qui tient à garder l'anonymat par peur de représailles pour sa famille.
Son frère et sa sœur vivent toujours à Damas, en plein cœur de la ville. Lui a quitté la Syrie pour arriver en France en 1973. Il a débarqué à Reims, « par hasard ». « Un de mes frères suivait un stage à l'hôpital », raconte-t-il. Il intègre alors la faculté de pharmacie. « Nos parents nous ont poussés à faire des études. Pour eux, l'évolution dans la société passait par là ».
Peur des extrémistes
Pendant vingt ans, ce pharmacien ne retournera pas dans son pays d'origine. Un choix. « Mon frère jumeau a été enlevé à la maison en 1982. Il était alors âgé de 27 ans, se souvient-il. Cela fait trente ans que nous n'avons plus eu de nouvelles de lui. Je pense qu'il a été torturé et assassiné… » D'autant plus qu'un autre de ses frères a été enlevé au même moment. Un frère relâché il y a quelques années seulement. « Il ne m'a jamais raconté ce qu'il avait vécu. Il m'a juste dit : « Un jour, je te le dirai ». Je n'ai pu retourner en Syrie qu'il y a quatre ans, après le décès de ma maman », avoue-t-il. Une fois par semaine toutefois, il appelle son frère et sa sœur restés à Damas « pour avoir des nouvelles et s'assurer qu'ils sont bien en vie ».
Selon ce pharmacien, la chute du président syrien Bachar el-Assad demeure inéluctable. « Le mur de la peur est tombé. Les gens parlent ! constate-t-il. Le peuple syrien en a assez d'être humilié. Il ne veut plus d'un président à vie. Il veut être respecté. Il veut pouvoir s'exprimer librement. Il veut vivre tout simplement ».
Ce Syrien d'origine n'a qu'une seule crainte : que les extrémistes musulmans ne prennent le pouvoir. « Plus le conflit dure dans le temps, pire ça sera pour demain parce qu'il sera récupéré par les extrémistes, estime-t-il. Mais qui mettra-t-on à la place de Bachar el-Assad ? Avec qui gouvernera-t-il ? On ne peut pas accorder la confiance à des gens que l'on ne connaît pas… Il faut que tout soit surveillé par des démocrates ».
Pour l'heure, il a répondu à l'appel d'un autre pharmacien d'origine syrienne installé à Pleurs, Issam Moussly. Tous deux veulent envoyer des médicaments, par l'intermédiaire de l'association France Syrie Démocratie, aux manifestants qui ont été blessés. À suivre…
Stéphanie GRUSS
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