Publié le dimanche 04 avril 2010 à 11H48 - Vu 44 fois
On dirait le Stade de France. L'interminable courbe du centre des expositions de Chengdu tutoie les tours en chantier et le ciel plombé. Sous les halls en éventail, les visiteurs déboulent dans un fracas de fanfares et d'annonces publicitaires. Les collectionneurs de flacons occupent le terrain. Les défilés de porteurs de pancartes rivalisent de costumes : soldats du peuple, majorettes, mickeys, pandas… Il faut être étranger pour pousser l'étonnement jusqu'à poser avec les bouteilles de baijiu dodelinant dans les allées. Quelle idée ! Les Chinois, eux, s'étonnent simplement qu'on le soit.
Bienvenue au Tang Jiu Hui, premier salon des boissons alcoolisées de Chine. Un must du genre que fréquentent, quatre jours durant, un million de visiteurs et 4 000 exposants, la plupart chinois, marques d'alcools de grain ou de riz, de bières, de liqueurs… Et naturellement de vins rouges, des tonnes de vins rouges, aux cépages connus mais au contenu parfois douteux, tels ce grand cru classé « Chateau-Lafitte » (avec deux T) ou ce « Château-Montbellier ». Bon gré mal gré, Tang Jiu Hui est aussi le rendez-vous des contrefaçons.
Pour trouver les originaux, il faut se rendre sur le stand d'UbiFrance. Entre Bordeaux et Gaillac, la représentation économique de la France à Chengdu a fait une petite place à la Champagne-Ardenne. L'affaire s'est conclue en quatrième vitesse. En janvier, Sabine Devrière et Eric Martin, alors au cabinet du président du conseil régional, Jean-Paul Bachy, sondent les entreprises au débotté. Quatre répondent à l'appel. Deux champagnes : Dantan-Oudit (Marne), Louise-Brison (Aube) ; un biscuitier (Fossier) et la distillerie Goyard (Aÿ). La petite expédition intègre aussi une exposition artistique made in Champagne-Ardenne dont Rémy-Martin et Piper-Heidsieck arroseront le vernissage (lire par ailleurs).
Une usine à fantasmes
Privée de bout en bout, l'aventure ne l'est pas d'enthousiasme. Jean-Paul Bachy approuve mais - élections obligent -, la Région ne sort pas un euro. « Tout ce qui peut nous rapprocher de la Chine est bon à prendre », résume le président, dont l'assemblée a déjà conclu trois accords de partenariat avec des provinces chinoises, mais qui se méfie du « feu de paille » de jumelages sans lendemain.
Officieusement, c'est pourtant la finalité de cette aventure-là. Pour le moment, l'heure est aux contacts informels. Ce qui n'empêche pas les autorités provinciales, de courbettes en repas de courtoisie, de faire assaut de civilités. Et le consul de France à Chengdu, Emmanuel Rousseau, de saluer une initiative « bien pensée » : « Tout ne peut pas se passer au niveau étatique. La France bénéficie ici d'une bonne image. Elle est déjà le 10e investisseur étranger dans la province. Comme les goûts évoluent, pourquoi ne pas surfer sur l'intérêt grandissant des Chinois pour les vins de qualité ? ».
Le contexte, il est vrai, aimante les fantasmes. Le Sichuan connait un boom économique sans précédent. « Enrichissez-vous » : le mot d'ordre de Deng Xiaoping, enfant du pays, a été reçu 5 sur 5. En 2009, la croissance a bondi de 14,7 % (5 points de plus que la moyenne nationale), les gros investisseurs s'y bousculent (pour la France Areva, Snecma, Lafarge…) et les grosses fortunes pullulent. Fascinées par le « french way of life », elles ont déjà fait le bonheur du cognac, dont 24 millions de bouteilles s'éclusent chaque année sur les tables chinoises, qui l'engloutissent « kampaïe » (cul sec) comme une vulgaire piquette.
Le jour où les Chinois argentés prendront vraiment goût à l'effervescence made in France, le prix du flacon, plombé par les taxes, ne sera plus un problème. Raison de plus pour se mettre sur les rangs. Et comme les absents ont toujours tort…
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