Tabagisme à l'hôpital Fumer rendrait aveugle

Publié le mardi 09 février 2010

Chaque matin devant l'entrée, un coup de balai évite au tapis de mégots de s'épaissir.

Chaque matin devant l'entrée, un coup de balai évite au tapis de mégots de s'épaissir.

Bleuz¿

CIGARETTES, clopes, tiges, allumées, fumées, écrasées… Nuiraient-elles à la vue ? Sous le hall extérieur du centre hospitalier de Soissons, les affiches multipliées d'interdiction d'en griller une là, semblent ne pas faire passer efficacement leur message. Toutes les flèches qui pointent l'abri dédié aux accros à la nicotine restent aussi invisibles. « Ils fument tous, sous les pancartes, aussi bien le personnel de service que les gens extérieurs », souffle un jeune papa.
Ce Soissonnais a récemment fréquenté assidûment l'hôpital et plus particulièrement la maternité. À l'occasion de ses nombreux allers-retours, toutes ces blondes et leurs volutes interdites dans l'entrée lui ont sauté aux yeux. « Je ne suis pas du genre à râler et je suis moi-même un ancien fumeur, poursuit-il, mais il y a un manque de discipline général. »
Contraintes
Cette zone à l'abri des gouttes de pluie - pas forcément des courants d'air - quoiqu'à deux pas de l'abri fumeurs (tout petit) « est très tentante », se rend compte Louis Teyssier, le directeur du centre hospitalier, « et il y a certainement des gens qui ont du mal à voir l'affichage… » En période hivernale, « il est vrai que nous avons eu des scrupules à mettre les patients fumeurs sous l'eau », poursuit-il, tout en indiquant que cette tolérance ne saurait s'éterniser : « Il ne s'agit pas de persécuter les fumeurs. On ne cherche pas non plus à faire de la ségrégation systématique mais on ne peut pas continuer à accepter qu'il y ait autant de monde. » Un groupe de travail, baptisé « hôpital sans tabac », auquel des fumeurs participent, réfléchit à toutes les possibilités pour faire mieux.
L'hôpital a, par exemple, renoncé à mettre des sièges sous ce hall extérieur « car se serait encourager les gens à rester plus longtemps » pour tirer quelques bouffées sur une deuxième cigarette.
Jusqu'ici, la direction tablait sur la méthode douce et la bonne volonté. Louis Teyssier n'exclut pas « la contrainte. Cela fait aussi partie d'une certaine forme de pédagogie. On peut aller jusqu'à assermenter des gens pour mettre des amendes, les textes de lois le prévoient pour les fumeurs récalcitrants. »
S'il s'agit là d'un travail de longue haleine, Louis Teyssier remarque : « On a fait des progrès notables à l'intérieur du centre hospitalier où, depuis deux ou trois ans, plus personne ne revendique de fumer. » Le personnel est encouragé à se sevrer : « Nous avons une consultation pour cela et il y a une possibilité de financer une partie des patchs s'ils sont prescrits. »
À l'hôpital, il s'agit bien de laisser tomber la clope, à l'intérieur et maintenant à l'extérieur, « sans jeter le mégot par terre », tout de même.

Ludivine BLEUZÉ

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