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"Sans force de caractère, je ne serai plus là"

Publié le jeudi 10 juin 2010 à 08H06 - Vu 18 fois



Corinne, grande et filiforme, se tasse sur sa chaise. Sensibilité à fleur de peau, cette Rémoise aujourd’hui installée à Épernay déroule doucement son histoire, toujours avec pudeur. Cette femme de 50 ans, aux longs cheveux noués avec mèche rebelle sur la joue droite, ne parvient pas toujours à contenir ses larmes. Et s’en excuserait presque, elle, l’écorchée vive. Surtout, sa détresse se lit dans ses grands yeux tristes et bleus qu’assombrissent des traits de crayon. « Ces cicatrices empêchent de vivre. Sans force de caractère, je ne serais plus là », souffle-t-elle, des trémolos dans la voix.
Il est trop tard pour que Corinne pousse la porte d’un service d’enquête (voir par ailleurs). « J’aurais voulu qu’ils soient punis et qu’ils aillent en prison pour tout le mal qu’ils ont fait. J’avais besoin que ça se sache, mais je n’en ai jamais eu le courage. » Alors elle a imaginé de livrer le récit de son calvaire à l’union « pour que les autres sachent ».

« Mon grand regret… »


Pour tenter de faire cet impossible deuil qui la ronge depuis plus de quarante ans. Pour effacer de sa mémoire les images sordides de ces viols qui reviennent en boucle. Celles d’un père incestueux, qui continue de hanter ses nuits bien que mort depuis une vingtaine d’années, suicidé dans un cocktail alcool-médicament et dont la dépouille repose en fosse commune. Celles d’une mère qui a fermé les yeux sur les larmes, la souffrance et le martyre de ses filles… Complice d’un monstre et pas repentante pour un sou, même au crépuscule de sa vie.
Corinne se détend au fil de la rencontre, tout en continuant à tirer machinalement sur les manches de son pull. Elle veut aller au bout de l’épreuve qui consiste à livrer son histoire au plus grand nombre. Car elle a aussi un message à délivrer. Dire aux jeunes victimes d’inceste de se faire reconnaître en tant que victime. « Mon grand regret est de n’avoir pas parlé car c’est indispensable pour construire sa vie… Si j’y étais parvenue, ma vie n’aurait pas été si décousue… »

E.L.

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