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Sales histoires sans parole

Publié le jeudi 10 juin 2010 à 08H21 - Vu 29 fois



L'AAVI aide les victimes axonaises

L'Association d'aide aux personnes victimes de viol et d'inceste, (AAVI) basée dans le sud du département, rayonne jusqu'en Thiérache. « Nous sommes seuls dans l'Aisne. On organise des groupes de parole tous les 15 jours. En moyenne on reçoit 30 appels par mois. » Gerard-Yves Cathelin est psychologue de métier et membre bénévole de l'association. « Dans le département, il y a un attouchement sexuel par jour et un viol par semaine. 80 à 85 % des affaires traitées par les juges des affaires familiales concernent des attouchements, des violences. Selon le gouvernement, un enfant sur trente est victime d'attouchement. Selon notre vécu, c'est un enfant sur quinze, car les enfants ont peur de parler, ou les jeunes victimes ne sont pas écoutées. Beaucoup d'enfants abusés parlent des années après, quand ils ne subissent plus la pression de leur agresseur, souvent l'un des parents ou un membre de la famille proche. Les enfants victimes pensent à tort qu'ils ont séduit leur parent incestueux. » Une mère de famille axonaise d'une quarantaine d'années a attendu 30 ans avant d'en parler.
Quand les victimes entament des démarches judiciaires, le procès constitue un premier pas vers la reconstruction. « Elles se sentent reconnues dans leur position de victime et non pas de séducteur. Les parents incestueux sont souvent condamnés à des peines de sursis, rarement à de longues peines de prison. Je ne me rappelle pas qu'un parent incestueux ait été condamné au maximum dans l'Aisne, soit 20 ans ferme. »
Certains n'auront jamais l'opportunité de s'exprimer devant des juges. « Beaucoup de mis en cause décident de se suicider lorsqu'ils apprennent que le ou les enfants, dont ils avaient abusé quand ils étaient mineurs, ont déposé plainte. »
D'autres ne franchiront jamais la porte d'un commissariat ou d'une brigade de gendarmerie, « les victimes d'inceste disent souvent que seules les personnes abusées peuvent comprendre le traumatisme vécu ». Et il y a ceux qui resteront frustrés à vie parce que, quand ils ont enfin la force de dénoncer l'horreur, l'action de la justice est prescrite ou l'auteur décédé.
Les groupes de parole contribuent alors à apaiser la douleur. « Les victimes peuvent parler entre elles, en toute confidentialité. Il n'est pas rare que des victimes assistent au groupe de parole pendant cinq mois sans ouvrir la bouche, jusqu'à ce qu'elles aient la force de se confier. » Le premier pas vers la reconstruction.

A.B.

AAVI. Adresse : 9 rue Jean-de-La-Fontaine, à Château-Thierry. Tél. 03.23.83.70.00 ou 09.51.21.98.19.

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