Publié le vendredi 14 mai 2010 à 10H37 - Vu 57 fois
Devant l'usine, Jean-Pierre Letovanec et Pascal Baudouin : « Après 35 ans de boîte, un énorme sentiment d'injustice ».
A Monthermé, les derniers salariés de Raguet SA, en redressement judiciaire depuis février, attendent leur repreneur. Mais toutes les inquiétudes ne sont pas évacuées.
IL vient encore plusieurs fois par semaine. L'ancien secrétaire du CE de Raguet SA est à la retraite depuis l'automne dernier mais l'entreprise lui colle toujours aux talons. « Il me restait six mois à faire. J'ai préféré arrêter en bénéficiant du CTP », explique Pascal Baudoin. Comme son nom l'indique, le contrat de transition professionnelle est une passerelle vers une formation et un emploi futur. Il garantit surtout le maintien du salaire pendant un an. Pascal Baudoin sait qu'en juin, il n'en profitera plus puisqu'il percevra sa pension de retraité. En gros, 30 % de ce qu'il gagne aujourd'hui.
Il ne se plaint pas même s'il avoue avoir parfois « des comportements bizarres ». « Je mange debout, par exemple. Je suis bien dans ma tête, mais je mange debout. Allez savoir pourquoi ! ». Pascal dit aussi qu'il se sent « un peu frustré » d'avoir perdu son travail. « Ça ne fait jamais plaisir, évidemment, mais il y a plus malheureux que moi. »
Quand Raguet a été placée en redressement, en février, 65 des 184 salariés sont passés à la trappe. Une trentaine sont partis volontairement, 25 autres contre leur gré. À 55 ans, Jean-Pierre Letovanec aurait préféré ne pas « connaître ça », la mauvaise nouvelle que lui apprend un collègue un triste jour d'octobre. « On m'avait proposé d'être cariste ! Cariste, moi, ancien responsable du parc acier, après 35 ans de boîte ! Un sacré sentiment d'injustice, oui ! », raconte Jean-Pierre qui se souvient d'avoir continué à travailler, comme si de rien n'était, encore pendant quelques jours. « Je ne me voyais pas partir. Je continuais à bosser comme un con », lâche le quinquagénaire qui a suivi, depuis, une formation en informatique que Pascal a refusée, lui. « J'étais soudeur, pas informaticien ! ».
« Trop d'erreurs »
Jean-Pierre a accepté, faute de mieux, comme tous les autres CTP. « Ça m'a permis de m'abonner à internet et de faire mon CV. Mais je n'en ferai pas mon métier, ça non ! ». Il enchaînera donc par une formation en espaces verts, avec le secret espoir de trouver un emploi municipal à Monthermé. En toute honnêteté, Didier Dor, qui a gardé son emploi, lui, ne le berce pas d'illusions. Quand il ne travaille pas à l'usine, Didier est adjoint au maire. Il sait qu'il « ne peut pas promettre ce qu'il ne pourra pas tenir. Des emplois espaces verts, il y en a déjà trois ! ».
L'élu qu'il est s'inquiète aussi pour l'avenir du site industriel s'il devait arriver malheur à Raguet. « Qu'est-ce qu'on ferait de 6 hectares de friche en pleine ville ? » , s'interroge Didier qui se souvient de l'époque, en 1974, où la Sefac, ancien nom de l'entreprise, employait encore 650 personnes. Une époque révolue.
« Il y a eu trop d'erreurs de gestion, une mauvaise stratégie industrielle, des bâtiments inadaptés, un outillage obsolète », enrage Pascal Baudoin qui, s'il n'est plus directement concerné, redoute une nouvelle vague de licenciements, « quel que soit le repreneur. C'est pour ça que les gars continuent le temps partiel. On veut donner l'impression qu'il n'y a plus de boulot, alors que du travail, il y en a », assure le syndicaliste.
C'est l'avis aussi de Mickael Rodriguez, un trentenaire qui, dès les premières alertes sur l'emploi, a préféré « prendre les devants ». Mickael a créé son auto-entreprise de chauffagiste. « Avec l'usine, je bosse 12 heures par jour, samedi compris, et je ne vois pas beaucoup mes gosses. Mais au moins, ça met du beurre dans les épinards. »
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