Publié le dimanche 08 janvier 2012 à 11H05 - Vu 82 fois
Le tout premier télégraphe fut inventé par les frères Chappe à des fins militaires. L'une des lignes passait à travers l'Argonne.
DE passage en Argonne meusienne en venant de Châlons, Victor Hugo en signalait l'existence. Dans les lettres à un ami en 1842, son attention est attirée une première fois par l'installation en place sur la cathédrale de l'Épine. Un peu plus tard, il en cite une autre à Tilloy-Bellay, puis au sommet de la côte de Biesme. Il ne s'agit pas d'un réflexe poétique imaginatif mais bel et bien de la ligne Chappe en place.
Vers la fin du XVIIIe siècle, Claude Chappe et ses quatre frères cherchent un moyen de transmettre rapidement des messages. En 1792, ils font un premier essai de présentation de leur télégraphe devant l'assemblée législative. C'est un échec.
L'essai est renouvelé sous la Convention en 1793, accueilli favorablement, financé et essayé au nord de Paris. Le télégraphe est né. Par la suite, deux lignes sont entreprises, Paris-Landau et Paris-Lille, pour des nécessités militaires. Chappe devient le responsable technique des installations, tandis que l'État s'en réserve l'utilisation.
Le système est simple, basé sur l'observation d'une station à l'autre de signaux visuels. L'appareil est composé de trois branches mobiles qui se déplacent dans le même plan vertical. La plus longue est supportée par une potence fixe et peut prendre quatre positions différentes.
À chaque extrémité, un bras articulé peut à son tour prendre quatre angles différents avec la première. Chappe associera un codage à l'appareil qui, réglé, pourra prendre et renvoyer 196 signaux différents. Les codes chiffrent les dépêches et sont secrets.
Les stations sont situées sur des points hauts. La plus grosse difficulté sera le franchissement des Vosges. Entre Châlons et Metz, le télégraphe aura à franchir la vallée de la Marne, la côte de Champagne, le massif argonnais, les côtes des Bar, la vallée de la Meuse, les côtes de Meuse. Les distances moyennes entre stations en sont plus réduites.
Sabotage
Les différents postes dans la région (depuis Châlons) débutent au mont Saint-Michel à Fagnières. La ville héberge une direction du télégraphe. À 9,5 kilomètres, la cathédrale de l'Épine prend le relais, avec la flèche nord rasée que Napoléon III fera reconstruire. À la suite, on en trouve une à Tilloy-Bellay, à 8 kilomètres en bordure de l'ancienne voie romaine.
Lui succède le poste de la Croix-en-Champagne, à 8,5 kilomètres, puis celui de Valmy. Ce dernier est situé au mont de Hans, au nord de la commune. On note que sous Louis XVIII, un ministre zélé avait donné l'ordre de saboter les stations du télégraphe, sans doute pour ralentir la progression de l'information annonçant le retour de l'empereur. Au début des Cent Jours, le nouveau ministre de la Guerre les fait reconstruire.
À 6,5 kilomètres de Valmy, on trouve le poste de Chaudefontaine, entre les étangs de Wachaut et Sigat. Celui-ci communiquait directement avec le voisin des Islettes, à 15 kilomètres. Comme il était trop éloigné, on implanta un poste intermédiaire, à l'extrémité orientale de la commune de Sainte-Ménehould, sous le nom de poste des Islettes. C'est le télégraphe de la Côte de Biesme. Son emplacement se situe vers l'ancienne route de Paris à Metz, à la hauteur des virages de la descente sur le village. De là, on atteint le poste de Clermont-en-Argonne sur le plateau Sainte-Anne.
Le télégraphe électrique a sonné la fin de cet ancêtre de la communication, qui a assuré un demi-siècle de bons et loyaux services. On retiendra la performance : « Cinq minutes suffisaient à un seul signal pour franchir l'espace entre Paris et Strasbourg. »
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