Publié le mercredi 27 janvier 2010
La consécration pour le jeune Samuel.
« JE SUIS déficient intellectuel… Du moins c'est ce qu'on dit ! »
Depuis l'IME (institut médico-éducatif) où on l'accueille depuis plusieurs années, Samuel Bertrame savoure en silence ce qu'il vient de dire. Handicapé de dix-neuf ans, il sait que l'autodérision est un signe supérieur de recul sur la vie. Il sait aussi qu'être éventuellement dévalorisé aux yeux des imbéciles est un plaisir de fin gourmet.
Mais si le jeune homme a le sourire grand ouvert et les yeux qui pétillent, c'est aujourd'hui pour une autre raison. C'est que les trois planches d'une bande dessinée signée de sa main et qu'il a fait parvenir au festival d'Angoulême viennent de se voir couronnées d'un premier prix dans sa catégorie.
C'est l'association Hippocampe qui, depuis cinq ans, instaure ce concours, afin de mettre en lumière le monde des personnes handicapées dans le cadre d'un festival international. Un concours qui favorise leur créativité et permet d'exprimer leur sensibilité en s'engageant dans un projet original et quelque peu exceptionnel. Pour les initiateurs, ce concours « permet leur intégration dans la cité et la reconnaissance de leur talent autour de l'organisation. Son but est aussi d'assurer la pérennité d'une action qui connaît un réel succès auprès des jeunes handicapés, des familles, des éducateurs et des établissements d'accueil ».
Sam le tigre
De la sensibilité, Samuel n'en manque pas. Trois ans déjà qu'il décline sa passion au travers d'œuvres de même type, lesquelles, jusqu'à aujourd'hui, n'avaient pas été primées. Cette année a donc été la bonne avec un héros de BD né de sa propre patte : il s'agit d'une sorte de tigre, mais pas tigré comme les autres fauves. L'animal s'appelle Sam (on aurait pu s'en douter) et sa femelle se nomme Camille. C'est l'histoire d'une visite ensorcelée (titre du reste de la bande dessinée) qui est faite pour rire.
Des ciseaux tire-bouchons
Vrai que dans cette historiette, on s'aperçoit au fil des bulles que Samuel n'a pas épargné l'humour. Un humour que décidément il manœuvre à souhait, avec des innovations de son cru : « une paire de ciseaux tire-bouchons, de l'aluminium en tube, un bas laid tout sale… »
Samuel est l'auteur et des bulles et des dessins. Liz Dido, éducatrice à l'IME et qui a accompagné le jeune homme tout au long de son projet, n'avoue avoir corrigé que les fautes d'orthographe et aidé un peu dans la coloration de planches : « C'est ça qui a été le plus difficile ».
Avec la consécration de son fils, c'est surtout papa qui est content : « C'est comme s'il avait obtenu le prix Nobel ! »
Demain, le jeune dessinateur ira chercher son prix avec Liz et deux autres jeunes. Son prix ? Un voyage dont il ne sait pas encore la teneur. Et quand il reviendra, Samuel s'attellera à un autre projet qui lui tient particulièrement à cœur : un site internet dédié à la bande dessinée. De la suite dans les idées en plus…
Fabrice MINUEL









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