Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site Ou, cliquez ici pour l'ajouter au menu démarrer

Pas rien d'être le frère d'Arthur

Publié le samedi 21 janvier 2012 à 12H00 - Vu 204 fois


Frédéric (debout) et Arthur, le jour de leur première communion célébrée en l'église Saint-Remi de Charleville. C'est la seule photographie que l'on possède de Frédéric Rimbaud

Frédéric (debout) et Arthur, le jour de leur première communion célébrée en l'église Saint-Remi de Charleville. C'est la seule photographie que l'on possède de Frédéric Rimbaud


FRÉDÉRIC RIMBAUD voit le jour à Charleville le 2 novembre 1853, pile neuf mois après le mariage de sa mère Vitalie Cuif avec le capitaine Rimbaud alors en garnison à Mézières.
La naissance a lieu rue Napoléon (actuelle rue Bérégovoy) dans l'appartement que les jeunes mariés partagent avec Jean-Nicolas Cuif, père de Mme Rimbaud. Riche propriétaire terrien de Roche, hameau du canton d'Attigny, il vit de ses rentes.
C'est lui qui va déclarer son petit-fils à la mairie, le capitaine Rimbaud ayant dû depuis six mois suivre son régiment à Lyon où son épouse a refusé de l'accompagner.
Tradition oblige, l'enfant reçoit le prénom de son père et celui de son grand-père maternel. Mis en nourrice dans une humble famille de Saint-Pierre-sur-Vence, il y demeure plus longtemps que prévu. A une semaine de sa première année d'existence, sa mère accouche d'Arthur, le frère qui déjà encombre sa vie.
Frédéric a sept ans quand son père claque à jamais la porte du domicile conjugal où lors de permissions sinon amoureuses du moins fructueuses, il avait fait don à ses deux fils de deux petites sœurs, Vitalie et Isabelle.
Son père étant décédé, Mme Rimbaud se retrouve seule dans une ville qu'elle n'aime pas mais où elle a décidé de demeurer pour permettre à ses quatre enfants d'y faire des études. Elle les élève dans le culte de Dieu et du Devoir, dans le respect absolu de l'Autorité et de l'Ordre. Pas question de transiger. Coups et punitions pleuvent à la moindre incartade. Le foyer familial tient du couvent et du bataillon disciplinaire.
Humilié
Inscrit à l'institution Rossat de Charleville, Frédéric, au grand désespoir de sa mère doit doubler sa première année d'enseignement primaire. Si bien qu'à la rentrée suivante quand Arthur débute sa scolarité les deux frères sont dans la même classe.
Frédéric s'accroche, décroche une nomination à la distribution solennelle des prix, soit beaucoup moins que son frère. Au collège, il double la sixième tandis qu'Arthur entreprend une montée en puissance qui dès la seconde le hisse au rang des brillants élèves. Dépassé, surpassé, Frédéric n'en finit pas d'être humilié par sa mère et ses professeurs qui n'ont de cesse de le comparer à son frère.
Son camarade de classe Ernest Delahaye témoignera de son calvaire en ces termes : « Un grand garçon Frédéric, très robuste, bon comme le bon pain. A force d'avoir été grondé et puni, à force de lever les sourcils dans l'appréhension des châtiments, il conservait un front ridé, aux plis devenus rouges… »
Émouvante la photo immortalisant la première communion des deux frères faite le même jour en l'église Saint-Remi de Charleville. Costumés à l'identique, coiffés stricts, même regard, ils sont comme jumeaux. Consolation de taille pour l'aîné des Rimbaud, loin de se moquer de ses résultats scolaires, Arthur lui témoigne une chaleureuse affection. Dès qu'ils peuvent échapper au carcan maternel, ils s'entendent comme larrons en foire. Faut les voir à deux pas du collège, sauter dans la barque des tanneurs enchaînée à une berge de la Meuse ! Ils la secouent avec une telle violence qu'elle devient un bateau ivre, ivre de leur joie d'être enfin des jeunes comme les autres.
Et que dire de leurs parapluies que d'un commun accord les deux monstres décapitent en glissant la pointe dans l'embrasure du portail d'entrée de l'église !
Dépassé
En octobre 1869, alors qu'Arthur brille en classe de rhétorique, Frédéric, bon dernier dans la classe de seconde qu'il repique, doit à son frère de ne pas être fichu dehors du collège. Le malheureux est accusé à tort d'avoir ajouté « un appendice » autrement dit un zizi à une caricature représentant l'abbé Wuillème, vénérable professeur d'histoire. L'inspecteur d'Académie « penche vers l'indulgence » au motif suivant : expulser Frédéric Rimbaud « élève paresseux et d'un assez mauvais caractère » c'est prendre le risque de voir sa mère retirer de l'établissement son autre fils « le meilleur élève du collège, lauréat du concours académique »
Début août 1870, deux semaines après que la France eut déclaré la guerre à la Prusse, est-ce l'image de son père disparu qui surgit quand Frédéric voit passer musique en tête un régiment d'infanterie acclamé par les Carolopolitains ? Subjugué, sans prévenir quiconque, il suit les pioupious jusqu'à la gare de Charleville, s'engouffre dans le train. Direction le front de Lorraine ! Âgé de dix-sept ans il est enrôlé comme enfant de troupe. Quatre mois sa mère devra attendre avant d'avoir enfin de ses nouvelles en le voyant arriver dépenaillé au domicile familial où il n'est pas accueilli à bras ouverts.
Une fois de plus son petit frère a fait beaucoup mieux que lui. Ce n'est pas une mais deux fugues qu'il vient d'accomplir, à Paris puis à Bruxelles. « Tu me dégoûtes » lui réplique-t-il quand Arthur se moque de son engagement patriotique.
Plus encore qu'au collège Frédéric est « dépassé » par son frère. Serait-il devenu fou cet Arthur qui écrit des poésies, insulte les curés dans la rue, se laisse pousser les cheveux, revient blessé de Bruxelles, appelle maman au secours à Londres ?
Lui, Frédéric, il reste au domicile familial où sa mère fait son devoir en assurant le gîte et le couvert à un fils qui pour gagner quatre sous s'arme d'une trompette afin d'attirer le client dans les rues de Charleville où il vend des journaux à la criée.
En 1875, à l'âge de vingt-deux ans, il s'engage dans l'armée. Son temps accompli, il s'en revient chez sa mère qui depuis peu habite la ferme familiale de Roche où dans une prochaine chronique nous le retrouverons.
Qu'en pensent les chênes de nos forêts ?
Yanny HUREAUX

Imprimer Recommander Wikio digg

Réagissez

Pour contribuer et recommander vous devez être connecté (création de compte)

Avertissement
Nous vous rappelons que vous avez, lors de la création de votre compte, accepté les conditions d’utilisation du site. Celles-ci proscrivent notamment la diffamation, l’incitation à la haine raciale, l’atteinte aux bonnes mœurs.
Nous vous prions donc de respecter strictement la charte d'utilisation du site www.lunion.presse.fr. A défaut, votre compte sera banni du site.
Voir aussi : La FAQ de la modération

Les dernières contributions


Sensei

22/01/2012 à 18h30

oh Mon Dieu!
Qu'est ce qu'on a fait de cette belle ville...
De cette, jadis, si GRANDE ville...?

champardennais

22/01/2012 à 15h40

Belle et sensible chronique pour un jeune homme qui a passé sa vie à se faire appeler Arthur.
On attend semblable effort pour une histoire des 5 -oui cinq ! - maréchaux de France liés à l'histoire de Sedan : Robert II et Robert III de La Marck, Henri II de la Tour d'Auvergne, Abraham Fabert d'Esternay et Mac Donald.
Que cette région était grande alors...

Droits de reproduction et de diffusion réservés © www.lunion.presse.fr - ISSN 2110-5952