Publié le dimanche 12 février 2012 à 12H00 - Vu 174 fois
La visite d'une colline, au nord du village de Massiges, nous plonge dans l'histoire de la guerre de 14-18.
AU NORD du village de Massiges, dominant la vallée de l'Aisne, une colline, dénommée Main de Massiges, doit son nom aux courbes de niveau qui dessinent sur les cartes une main gauche. Les doigts en sont séparés par des ravins profonds. Elle est située à la jonction des ex-fronts de l'Argonne et de Champagne. Parfait bastion, les Allemands s'y installent en 1914. Les troupes du corps d'armée colonial de la IVe armée butent sur l'obstacle en 1914 et 1915 et les bastions ne sont jamais conquis. Le point culminant, le Mont Têtu, est truffé de galeries et n'est conquis qu'en 1918.
La Vierge aux abeilles, protectrice du village
Dans Massiges même, un premier monument dit La Vierge aux abeilles retient l'attention du visiteur. Il doit son édification à la protection dont a bénéficié la population du village lors de l'épidémie de choléra en 1854. La vierge est en fonte, fabriquée en Haute-Marne. Ses bras sont tendus, dans un geste protecteur.
Dès septembre 1914, on la voit debout parmi les combattants. D'abord, appuyée contre un support de fortune, dans le cimetière militaire provisoire édifié à Massiges, sur un terrain conquis de haute lutte. Elle y reçoit une balle en plein cœur. Par l'orifice, des abeilles s'y introduisent et y restent une fois la paix revenue. Elle retrouve ensuite son socle d'origine, toujours suivie des mêmes locataires.
En 1970, elle reçoit le nom de baptême de Monument aux morts de Massiges. Les abeilles quittent le monument vers ces années. Note émouvante, son rôle moral de protection est invoqué par le poilu montant au combat.
Vue sur le front
Dans la suite de la visite, il est possible d'effectuer par les chemins longeant les champs un tour d'horizon de la position, de constater les reliefs successifs des ravins séparant les doigts de la main. Le clou de la visite est certainement l'entonnoir du cratère, excavations situées au voisinage du village, au sommet de la butte qui le domine et à laquelle on accède par une route passant devant la vierge aux abeilles.
Les excavations sont fléchées et datées : « 3 février 1915 : cinq tonnes d'explosif par entonnoir ». Sur la butte, face aux fosses des mines, on peut jouir d'une vue appréciable sur cette partie du front et sur la vallée de l'Aisne, visible au loin.
Arbre aux vaches
À proximité, une tranchée complète a été réalisée. Couloir praticable creusé dans le sol, elle est protégée par son réseau de barbelés tressés autour de barres de fer.
La tranchée reconstituée serpente sur plus de 50 mètres. Ses parois sont consolidées par des fascines, tresses de branchages prenant appui sur des pieux de bois plantés dans le sol. Par endroits, des abris sont aménagés pour permettre aux occupants de se reposer. Un nombre respectable de dérivations annexes simule cette architecture en réseau, caractérisant les tranchées et leurs voies de cheminement.
Un panneau à l'entrée rappelle les noms de ces constructions : tranchée de Münchenberg, tranchée de Lisa, arbre aux vaches.
À proximité, le monument portant l'ancre des marsouins, rappelle les troupes qui ont combattu, secteur défendu par nos coloniaux où tant des leurs ont donné leur vie.
Tout un pan d'histoire, en somme, évoqué par une association locale particulièrement méritante, soucieuse de conserver pour son village le souvenir d'une époque qui aura marqué la région.
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