Publié le samedi 14 mai 2011 à 11H00 - Vu 304 fois
Va-et-vient étrange jeudi après-midi place des USA. Aux commandes, un prof de géophysique, un maître de conférence et un ingénieur.
UNE GRANDE bâche verte de 16 mètres de long. Deux plaques de contreplaqué d'un mètre de large montées sur roulettes. Des fils électriques et un ordinateur. C'est la méthode révolutionnaire utilisée jeudi après-midi pour sonder le sous-sol de la place des États-Unis !
À voir l'objet, on se dit qu'il a été bricolé par un Géo Trouvetout en panne d'inspiration. Mais quand on entend les explications de ceux qui le manient - un professeur de géophysique, un ingénieur et un maître de conférence -, on revoit illico nos positions !
L'outil aussi « simpliste » soit-il au premier coup d'œil s'avère être un procédé redoutable pour mesurer « la résistivité du sol laquelle dépend de sa teneur en argile ». En clair, il permet d'identifier les différentes couches qui se superposent en dessous le bitume sans qu'on ait besoin de creuser.
« C'est comme si on faisait un scanner à un patient avant de l'opérer ! » résume avec brio François Blary, archéologue et maître de conférence à l'université d'Amiens.
Ce prototype qui a déjà été testé à Alexandrie (Egypte) fonctionne ainsi : on injecte du courant électrique dans le sol. Si ce dernier recèle des vestiges archéologiques, la résistivité du sol sera modifiée.
Un mur en pierres freinera le courant et augmentera la résistivité. En revanche, un fossé humide va mieux conduire le courant.
En effectuant des mesures tous les mètres, on peut détecter et cartographier des vestiges archéologiques (source www.archeo.ens.fr).
Où sont les moulins ?
Place des États-Unis, où doit être érigé un centre-commercial, le procédé va permettre de localiser ou pas, les fameux moulins que les archéologues castels positionnent non loin de la rue Lefèvre-Maugras. Tout ça sans pelleteuse et marteaux-piqueurs ! Il y en a suffisamment ailleurs (place Jean-de-La-Fontaine, rue Carnot) ajouteront les mauvaises langues.
Certes, pour effectuer ces mesures, il a fallu faire place nette sur une surface de 2 000 m2 le temps d'un après-midi. Du coup, bon nombre de places de stationnement ont été amputées. Dans notre malheur, positivons : s'il avait fallu creuser à 7 mètres de profondeur, la prospection aurait pris davantage de temps et aurait aussi coûté plus cher. Alors, vive cette technique « non invasive ». Elle devrait être suivie d'autres diagnostics courant juin. L'un porte le doux nom de Panda (une sonde sera envoyée dans le sous-sol), la dernière anonyme permettra de réaliser une endoscopie du sol. De quoi fichtrement moderniser l'approche archéologique à l'avenir. Et qui sait créer de nouveaux postes spécialisés dans ces techniques.
Frédérique PETRE
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