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Les volets ferment définitivement demain chez Rosman Au service du client depuis quatre générations

Publié le samedi 29 septembre 2012 à 11H00 - Vu 433 fois


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Avant d'être surtout connue comme bureau de tabac, la boutique Rosman faisait papeterie, mercerie, librairie, photographie,

Avant d'être surtout connue comme bureau de tabac, la boutique Rosman faisait papeterie, mercerie, librairie, photographie,


En prenant une retraite amplement méritée à 74 ans, Annie Rosman tourne une page importante de son histoire mais aussi de celle de sa famille, une dynastie de commerçants implantés dans le même quartier depuis le début du XXe siècle.

C'EST une boutique pittoresque. Du genre de celles qu'on ne voit plus que sur les cartes postales. Sauf que Rosman, ce n'est pas un décor. Ici tout est authentique, certifié d'origine. Et cela fait quatre générations que ça dure. Du moins jusqu'à demain 18 heures. Après, c'est une nouvelle vie qui commence pour Annie Rosman épouse Jolly, buraliste au 48 rue avenue Victor-Hugo depuis plus d'un demi-siècle.
Demain soir, c'est sans doute avec un petit pincement au cœur qu'elle et son mari André accrocheront les volets sur la vitrine pour la dernière fois. On ne tourne pas si facilement une page tellement chargée d'histoire. Cette histoire, c'est celle d'une longue lignée de commerçants. Elle commence avec l'arrière-grand-père Edmond Rosman, se poursuit avec le grand-père Gaston, puis son fils Pierre et enfin Annie.
Au tout début du siècle dernier, Edmond Rosman ouvre le magasin « Photographie de l'avenir », avenue de la Gare. « Il fut l'un des premiers photographes de France », raconte son arrière-petite-fille. À sa suite, son fils Gaston déplace la boutique au 32 avenue Victor-Hugo. Il développe l'activité qui devient papeterie, mercerie, parfumerie et même marchand d'instruments de musique et bien sûr de cartes postales réalisées par la maison.
En 1955, la « carotte » apparaît sur la façade du commerce et l'orientation de la boutique change à nouveau. En plus de vendre des livres, des bibelots, des rubans et des boutons, Pierre Rosman devient buraliste. « Il y avait de la marchandise dans tous les coins ! » se souvient Annie en regardant les étagères qui grimpent jusqu'au plafond de sa petite échoppe. La pièce, qui n'a jamais été plus vaste qu'aujourd'hui, était pour beaucoup de clients une véritable caverne d'Ali Baba.
Depuis l'âge de 16 ans
Si Pierre Rosman délaisse le travail de portraitiste, il continue à vendre des pellicules et à développer les tirages des photographes amateurs. « Mon père avait la tête, mais pas les jambes », explique Annie en évoquant la polio qui l'avait laissé handicapé. Quand il ne faisait pas la comptabilité du magasin ou les tirages photos, Pierre Rosman tenait la caisse. Son épouse le secondait, mais elle avait également fort à faire pour tenir sa maison. « À 16 ans, mes parents m'ont demandé si je voulais continuer l'école ou servir à la boutique. Vous pensez que j'ai choisi la boutique ! »
Depuis lors, Annie n'a plus quitté son petit royaume du 48 avenue de la Gare. Jusqu'à l'année 2000, elle y travaillait sept jours sur sept, depuis tôt le matin jusqu'à tard le soir. Il y a douze ans, elle a décidé de s'accorder une journée de congé chaque jeudi, histoire d'avoir un peu de temps pour elle et pour sa petite-fille, Victoria. Pour le reste, pas question de s'arrêter. « Pour elle, ce n'est pas un travail », assure son mari, André.
Sur la balance, les satisfactions pèsent plus lourd que les contraintes. Du moins, c'était vrai il y a encore dix ans. Depuis, les choses se sont dégradées. Les clients ne sont pas toujours aimables, pas toujours bien élevés. Certains se sont déjà montrés agressifs. La flambée du prix du tabac et la concurrence des pays voisins n'arrangent pas les affaires. « Il faut travailler tout le temps pour faire du chiffre », résume la buraliste. À la retraite depuis plus de quinze ans, André soutient leur fille Elisabeth qui l'encourage à prendre un peu de repos.
Le fonds n'est plus à vendre
L'idée commence à faire son chemin, mais elle va de pair avec la vente du fonds de commerce. Une vente compliquée : « Les acheteurs voulaient s'installer dans la boutique mais ce n'était pas possible car c'est aussi ma maison ! Ce n'est pas à 74 ans que je vais me déraciner ! ». Finalement, l'affaire ne s'est pas faite mais l'heure de la retraite a tout de même sonné. Ces derniers jours, les clients fidèles sont passés dire au revoir.
Certains ont même offert des fleurs à leur buraliste préférée. Annie Rosman va fermer son commerce mais elle gardera en mémoire les sourires des enfants venus acheter des bonbons, les questions des touristes examinant ses cartes postales anciennes, les histoires de ceux qui, du temps de ses parents, venaient « péroner » le soir devant la porte de la boutique.
Aux fumeurs qui ne manqueront pas de commenter, lundi, la nouvelle augmentation du prix du tabac, elle aurait pu dire : « Moi j'ai vendu le paquet de Gauloise à 0,80 centimes de francs ! ». Maintenant qu'elle sait se servir d'un ordinateur et d'internet, peut-être leur enverra-t-elle des mails ? Plus sûrement, elle aura enfin le temps de discuter de la pluie, du beau temps et du prix des cigarettes quand elle les croisera dans les rues de Sainte-Ménehould. Avoir du temps, voilà un luxe dont elle compte bien profiter le plus longtemps possible !

Stéphanie VERGER

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