Publié le vendredi 05 novembre 2010 à 11H25 - Vu 213 fois
Il n'y a pas que dans le Sud-ouest, en Alsace ou en Vendée que l'on produit du foie gras. « En fait, à partir du moment où on a du maïs, des canards et un certain savoir-faire, on peut en fabriquer partout. La nature du sol ne joue pas », indiquent Dominique et Nicole Canneaux, des Délices de l'Arnes, dans le Vouzinois.
Du coup, les Ardennes aussi ont leur foie gras maison. Notre département compte trois producteurs qui gavent eux-mêmes leurs canards : Gaillot à Cauroy (canton de Machault), Béguin à Avaux (canton d'Asfeld) et Warzee à Artaise-le-Vivier (canton de Raucourt). Chez les époux Canneaux, à Saint-Clément-à-Arnes, on produit aussi du foie gras mais sans élever de canards (on transforme des canards gavés ailleurs).
Tous les quatre ont deux points communs. D'une part ils n'étaient pas au courant de la farce gore qui aura lieu ce midi. D'autre part, cette initiative les « gave » au plus haut point. Au GAEC Gaillot par exemple, où l'on a réduit de moitié l'activité (il reste 800 canards), on préfère d'ailleurs ne pas s'étendre sur le sujet. « On force les canards à manger, mais de là à parler de torture… »
Ailleurs on essaie de faire preuve de pédagogie, tout en défendant bec et ongles un savoir-faire ancien.
« Le gavage : un acte naturel »
Dominique Canneaux et Fabien Warzée tiennent tous les deux à rappeler que « le gavage n'est pas de la torture ». « Le gavage est un acte naturel chez l'oiseau migrateur, rappelle Dominique Canneaux. Les oies et les canards, avant d'entamer leur long voyage, ont besoin de se gaver. C'est une manière de faire le plein d'énergie. Là c'est l'homme qui le fait, mais s'il n'était pas là, la nature se chargerait de le faire toute seule. »
A la tête d'« Il était un foie », une exploitation lancée en 2009, Fabien Warzée élève entre 300 et 400 canards. « Le gavage s'inscrit dans une tradition très ancienne. Les Égyptiens gavaient des grues, et les Romains des oies. »
Preuve qu'il n'a rien à cacher, il ouvre sa ferme aux curieux. « Il faut bien comprendre qu'on fait tout pour que l'animal ne soit ni blessé ni stressé, car c'est ce qui garantit un bon produit. Si on torturait l'animal, la qualité du foie gras ne serait pas la même. »
Si les producteurs ardennais sont sûrs de leur technique, cela n'empêche pas certains de redouter le macabre spectacle de tantôt.
« Pourquoi est-ce qu'ils font ça dans les Ardennes ? C'est invraisemblable !, s'insurge Fabien Warzée. Je me suis justement lancé dans le foie gras parce que presque personne n'en fait ici. Cela me contrarie énormément. »
Les films d'horreur, ça ne change pas : il y a toujours des spectateurs qui ont les foies.
Guillaume LÉVY
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