Le sacrifice d'un soldat axonais

Le sacrifice d'un soldat axonais

Publié le dimanche 12 juin 2011 à 11H00 - Vu 50 fois

Seconde Guerre mondiale. Aristide Elie, un soldat axonais, s'est sacrifié sur le pont Corneille de Rouen. La capitale normande va lui rendre hommage en présence de ses descendants.

« C'est forcément très émouvant. Toute la famille restante est invitée le 18 juin à Rouen par la députée-maire Valérie Fourneyron pour rendre hommage à mon grand-père Aristide », indique Laurent Elie, un Saint-Quentinois aujourd'hui âgé de 36 ans qui prépare son déplacement dans la ville aux 100 clochers comme l'écrivait Victor Hugo, en compagnie d'une vingtaine de membres de sa famille. En Normandie, le devoir de mémoire n'est pas une expression galvaudée et ceux qui sont morts pour la France y sont régulièrement mis à l'honneur. Rouen qui vécut un calvaire lors de la Seconde Guerre mondiale ne fait pas exception et célébrera samedi prochain, avec honneur des drapeaux et plaque commémorative, celui qui s'est sacrifié le 9 juin 1940 sur le pont Corneille.
Blond aux yeux bleus
Lorsqu'éclate la guerre en 1939, Aristide Elie est affecté à la 13e légion de la garde républicaine de marche. Cet Axonais de 42 ans, né à Jeantes près d'Aubenton, est entré dans la gendarmerie en 1922. Blond aux yeux bleus selon son signalement qui précise aussi qu'il avait le visage ovale mais le front haut et le nez rectiligne, il a été promu maréchal des logis chef. Arrivé en Normandie, il participe à la défense des ponts de la ville et plus particulièrement à celle du pont Corneille, une réalisation voulue par Napoléon 1er et construit de 1813 à 1829. L'ouvrage d'art a porté plusieurs noms avant d'être dédié au célèbre dramaturge natif de Rouen. La ville compte alors moins de ponts qu'aujourd'hui et le site est stratégique. Lorsque les Allemands attaquent, les Français sont décimés. Rapidement Aristide Elie est l'un des derniers officiers. Mais, malgré les offensives à répétitions des Allemands et les bombardements, les soldats français gardent la maîtrise du pont permettant l'évacuation des civils pris entre les deux feux.
Sacrifice
La lutte est acharnée, trois Panzers sont anéantis mais d'autres chars arrivent. Aristide Elie se retourne vers les hommes qui lui restent. Qui est volontaire pour rester avec lui afin de retarder le plus longtemps possible l'ennemi ? Ceux qui restent choisissent le sacrifice en connaissance de cause. Le pont est miné et ne survivra pas à la progression allemande. L'infanterie adverse entre dans la bataille bien supérieure en nombre aux derniers défenseurs du pont. Avant de ployer sous le nombre, Aristide Elie ordonne la mise à feu des charges explosives qui détruisent l'ouvrage d'art et emportent ceux qui restaient de la 13e légion de la garde républicaine de marche.
Le corps du militaire axonais ne sera jamais retrouvé et il devra attendre 1962 pour être fait chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume. Son nom est gravé sur le monument aux morts de Chauny.
Fils de combattant
« Nous avons été éduqués dans son souvenir et c'est aussi un exemple », explique Laurent Elie qui assume pleinement « l'héritage familial » sans pour autant en être prisonnier. « La famille Elie a payé un lourd tribut à la guerre. A peine un quart de ceux qui se sont engagés en 40 sont revenus. Pourtant chez nous, il n'y a pas de tradition militaire. Plutôt une tradition très républicaine », commente l'actuel responsable de l'antenne saint-quentinoise du Mouvement Républicain et Citoyen de Jean-Pierre Chevènement.
Illustration de cette piété familiale qui se transmet de génération en génération : « Depuis que je suis gamin, nous avons toujours été aux cérémonies au monument aux morts. Nous n'en avons jamais raté une ». Mais, autant Laurent Elie peut être fier de son aïeul, autant il veille à ne pas se laisser piéger par le passé et ses facilités de langage : « Je me définis comme fils de combattant pas comme fils de militaire. Il ne suffit pas de porter l'uniforme pour se comporter comme mon grand-père ».

L'union l'Ardennais